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Les petites hontes du voyageur

5 novembre, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans Transhumances

La litanie des petites hontes aux quatre coins du monde. Le fils indigne africain et la salle de bain tibétaine. Marchandage au Népal et voyeurisme en Tanzanie.

Everest, Tibet, Éthiopie, Tanzanie : Voyager est aussi une espèce d’humiliation continuelle. On croit bien faire, on se force à apprendre les rudiments d’une langue, on chemine le plus discrètement possible, on évite de laisser des traces ou des mauvais souvenirs, et voilà qu’on se ramasse régulièrement des bassines d’eau sur la tête. D’où l’éternelle question : comment éviter les faux pas ? J’en connais qui diraient : en restant assis, ce qui à le mérite d’être exact mais qui revient aussi à annoncer qu’on n’échouera jamais aux examens si on ne s’y présente pas. Ce n’est pas très ambitieux. La véritable réponse est beaucoup plus simple : on ne les évite pas. On s’en amuse.

Par exemple en Éthiopie. La randonnée se terminait par une féroce montée en plein soleil. Mon adorable Marie, la plus délurée des voyageuses, la plus joyeusement hippie et curieuse, celle-là même dont on se rappelle l’épisode du passeport volé au Tibet, cette Marie-là était épuisée. Le groupe était loin devant nous. Arrive alors une délégation de beaux vieillards endimanchés. Ils regardent Marie avant de m’apostropher rageusement. Je vois bien qu’ils ne sont pas trop fiers de moi. J’ai d’ailleurs droit à un véritable sermon dont je ne comprends pas grand-chose, sinon qu’ils pointent ma voyageuse du doigt en me traitant de crétin de première catégorie. Devant mon air béat (qui n’arrange certainement pas ma situation), mes tourmenteurs ajoutent quelques mots en anglais. J’apprends alors qu’il est indécent de faire souffrir ainsi sa mère et qu’il faut être d’un sadisme absolu pour ne pas lui annoncer qu’il existe une route pavée à moins d’un kilomètre de là. J’étais vraiment le pire des bons à rien.

Ailleurs, l’humiliation avait été différente (et heureusement pour moi, moins directement personnelle). La jeune femme s’appelait Isabelle. Je m’en rappelle assez puisque cette Isabelle-là est aujourd’hui mon épouse. C’était son premier grand voyage. Elle était timide et magnifique. C’est donc vous dire sa tête lorsqu’un moine guenilleux du monastère de Rumbok (devant l’Everest) lui soutira d’un seul coup sa tuque pour y cracher à l’intérieur une substance verdâtre et fongueuse, qu’il se la posa sur le crâne et qu’il coiffa en retour une Isabelle complètement dépassée de sa propre abominable loque mangée par la vermine. La méditation studieuse des sages de l’Everest venait de prendre du plomb dans l’aile. Quelques temps plus tard, la même jeune femme avait eu le bon goût de choisir le pire moment pour s’isoler aux toilettes (bien qu’isoler ne soit pas exactement le meilleur terme). Il s’agissait d’un trou surélevé en plein centre d’un village, protégé par des murets si ridiculement petits qu’on voyait l’officiante accroupie jusqu’au milieu du ventre. On en rigolait déjà depuis la fenêtre du restaurant quand trois jeeps vinrent se stationner tout contre la tour infernale. De toutes les chances au monde de passer inaperçu, il a fallu que ce groupe-là soit justement celui du Club Aventure ! Les joues d’Isabelle faisaient d’ailleurs un beau spectacle rouge pour les accueillir.

Quant à notre copain de la toute première chronique, l’homme du yeti désabusé, vous vous rappelez ? On le retrouve à Bhaktapur quelques journées plus tôt. Il n’a pas trop changé. Toujours sympathique, intéressant, toujours nul en anglais. Un gamin lui sert de guide vers des peintures à bon marché. Notre homme se rappelle des leçons du marchandage : on coupe de moitié. Le vendeur demande fifteen. Rusé, notre voyageur réplique par une proposition pleine de confiance : twenty-five ! Le garçon tente vainement de lui dire à l’oreille que cette façon de faire est inhabituelle mais notre astucieux personnage ne s’en laisse pas conter. Au bout du compte, dix dollars au-dessus du prix de départ, c’est quand même une aubaine.

Pour finir, ajoutons une dernière petite honte tout à fait ridicule. J’étais en Tanzanie, dans le parc national d’Arusha. L’hôtel était au milieu de la savane. Nous avions grimpé Méru la veille et je profitais d’un matin plus luxueux afin de prendre une bonne douche. J’ai donc fermé la porte avant d’ouvrir les robinets. J’étais à chanter quelques chansons ringardes de Jo Dassin lorsqu’il m’a semblé qu’on m’observait attentivement. Je me suis approché de la fenêtre avec méfiance et appréhension. Je ne m’étais pas trompé. Le museau collé à la vitre, une girafe aux penchants libidineux s’en mettait plein les yeux et me lorgnait avec gourmandise.

Le plus honteux de toutes ces histoires est encore que cette attention soudaine ne m’était pas complètement désagréable.

Henri Mouhot (Laos, 19e siècle)

2 octobre, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

Sa tombe a été retrouvée par des japonais, en 1990. Un grand caisson blanc, incongru, sur le bord d’un torrent à quelques kilomètres de Luang Prabang. Que sait-on aujourd’hui de cet explorateur d’avant l’Indochine, pas même vraiment jeune au moment de débuter son premier délire untitled-2.jpgoriental, crâne dégarni, redingote sombre, barbe soignée et auguste, sinon qu’il a été le premier à raconter avec verve les ruines démesurées et sublimes - pour ne rien dire des grands visages énigmatiques - du très célèbre Angkor Wat ?

On fait toujours l’erreur de l’imaginer comme ce voyageur endimanché devant des apsaras muettes, à la manière d’un Malraux de cinquante ans plus tard, sans lui ajouter toutefois - et c’est heureux - cet esprit de rapine qui nuit si fort à la mémoire de l’écrivain de La Voix Royale. Il n’en est pourtant rien. La France était on ne peut plus timide, de ce côté du monde, en 1858. C’est donc par Bangkok qu’arriva Mouhot, après avoir longuement gagné sa vie comme professeur d’anglais (notamment en Russie). Il précède d’une bonne décennie l’engouement à venir du Mékong, alors qu’on supposera pour le fleuve des vertus embarrassantes et notamment cette capacité de rejoindre la Chine sans s’ébrouer de rapides (rien n’est plus faux). Notre barbu est encore bien seul au fond des jungles humides. A peine quelques serviteurs annamites pour l’aider et un cahier tavelé afin d’y croquer sur papier ces scarabées lumineux qui lui plaisaient tellement (mais aussi, incidemment, les grands visages sages d’Angkor).

Son premier périple est une boucle sur laquelle les ruines cambodgiennes se tiennent d’un côté et la capitale du Siam de l’autre. C’est aussi le seul voyage dont il nous dit quelque chose de son vivant. Ce qu’on sait c’est que cette première fugue lui avait mis, en quelque sorte, l’eau à la bouche. Et qu’il s’enhardissait à rêver mieux. Pourquoi, écrivait-il à l’époque, ne pas explorer le plateau d’Isaan (aujourd’hui Khorat, dans la Thaïlande du nord-est), alors totalement inconnu et d’ailleurs soumis aux fièvres délétères d’un paludisme de fin du monde, avant de remonter au nord par des jungles insoupçonnées jusqu’à l’ancienne capitale du Laos ? De quoi emplir sa besace, déjà, d’insectes nouveaux. Puis, au retour, descendre le Mékong avant tous les autres afin de vérifier cette rumeur dont il sentait venir le poids, c’est-à-dire sa navigabilité. Beau programme. Sauf qu’il n’avait pas compté avec les délais administratifs de l’empire siamois (comme quoi rien ne change) et que son départ en saison sèche s’est compromis en course sous la pluie. On suit dans son journal cette lente victoire humide. Et on s’inquiète. Il atteint pourtant Luang Prabang. Il s’y installe. Il poursuit même sa quête grouillante sur le bord d’un torrent. Quelques scarabées portent encore aujourd’hui son nom, prouvant assez qu’il n’avait pas chômé. Pourtant, il est trop tard. Les fièvres ont gagné. Il s’éteint sur le bord du torrent, en 1861, bien avant qu’un journal posthume lui fasse un peu un nom. A l’endroit exact où un grand caisson blanc, incongru, s’était perdu aussi.

Souvenir d’Indochine…

21 août, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans Transhumances

Discrète aubade au plus agréable groupe du temps des fêtes. Noël au Laos. Le pastis de l’amitié devant le Mékong et le crépuscule.

Laos : J’adore le temps des fêtes dans l’ancienne Indochine. On peut préférer les ripailles gargantuesques des festivités québécoises, mais pour mon goût rien ne vaut la quiétude sereine d’un pastis devant le Mékong ni la douceur élégante des repas à l’ombre des villas coloniales. Cette nonchalance-là me plaît. Cette langueur asiatique à peine fardée de la moins lourde ardeur occidentale, c’est-à-dire une baguette chaude pour accompagner l’aube, une véranda aux lierres enlacés pour supporter le soleil ou un café aux chaises profondes pour ajouter à la nostalgie du crépuscule. Tout y est d’une gaieté heureuse et facile.

Néanmoins, il faut aussi de la compagnie. Un pastis n’est bon que s’il se trinque à plusieurs. Un repas n’est grand que s’il nous étouffe davantage de rires que de victuailles. J’ai donc envie de vous parler ici du meilleur groupe du temps des fêtes, je veux dire le plus follement drôle, le plus soudé, le plus désarmant. Imaginez-vous avec nous quelques jours après le nouvel an, au milieu d’un monceau d’îles sur le Mékong. Le voyage s’achève. Une courte terrasse de bois domine le fleuve et des orchidées en pots se balancent au bout des cordes. Le soleil glisse à l’ouest. Un homme doux nous verse alors de l’alcool en redisant pour la millième fois (j’en ai déjà parlé) un thank you very much attendrissant et inutile. Commence alors la plus belle veillée du voyage, la dernière. Nous nous donnons des surnoms et nous en abusons. Musaraigne infernale parle comme un charretier sur acide en relatant la grotte qu’on avait exploré ensemble, Anguille sous roche pouffe joliment sans trop dévoiler ses cartes, son mari Dindon anxieux nous raconte avec une bonne foi savoureuse ses anxiétés de voyage continuelles et hilarantes, notre Coquerelle à tête chercheuse reste tout à la fois peu encline à supporter les insectes et plutôt prompte à remarquer les jeunes hommes et Belette cochonne rit aux éclats du nom vaguement scandaleux qu’on a trouvé pour elle. Quant au guide, il s’appelle désormais Grosse marmotte atypique. Grosse car je ne suis pas le plus frêle, marmotte car les matins sont faits pour dormir (que diable !) et atypique parce que je les emmerdais beaucoup en répétant que ce circuit du temps des fêtes, mieux apte à remplir les gosiers qu’à user les souliers, n’était pas tout à fait une normalité chez Karavaniers. Nous avons ensuite laissé le soleil expirer à l’ouest, le Mékong disparaître, la fraîcheur s’installer que nous étions encore sur la terrasse en bois à rigoler du bon temps indochinois et du bonheur doux-amer d’être très simplement ensemble.

Ce que j’essaie maladroitement d’exprimer sur cette page, c’est qu’un voyage n’est jamais seulement qu’une destination qu’on coche sur une carte du monde. C’est aussi un moment qu’on partage. Il aurait été facile de s’exalter séparément de Luang Prabang, de Vientiane ou de Wat Phu, d’avoir un Laos merveilleux à raconter aux autres et un voyage présenté ensuite depuis la tour étroite d’un seul point de vue. D’ailleurs, il est toujours plus compliqué d’accepter les travers et les excès des autres. Alors quoi ? C’est justement cette rareté-là que je voulais nommer, cet effort, cette tolérance, cet équilibre. Peut-être serez-vous les prochains à partir avec nous au Laos ou ailleurs, à deux, à six ou à douze. Il ne dépend jamais de vous qu’un pays soit beau (il l’est toujours). Mais il en dépend beaucoup pour qu’un voyage le soit et qu’on s’installe ensemble, le dernier soir venu, devant un pastis qu’on oublie de boire tellement on se regrette déjà.

Laos « Lorsque le Mékong est roi »
DÉPART (confirmé!) 22 décembre pour 22 jours / Randonnée-Trek / niveau 2

L’histoire d’un berger cathare

28 juin, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

Pierre Maury (Pays cathare, 14e siècle)

L’Histoire est presque toujours l’histoire des grands hommes. Mais les petits, les honnêtes, les décents, ceux qui s’attardent à labourer les champs ou à mener les troupeaux, ceux qui font humblement leur devoir d’être humain, où sont-ils ? On ne les connaît pas.

Sauf un, peut-être. Un berger tout simple. De ces bergers magnifiques dont on imagine qu’ils lisaient les étoiles, de ces coureurs d’espace. La vive étincelle cathare, c’est-à-dire l’idée de voir autrement le sacrifice du Christ avec tout ce que cela oblige de différences ensuite, était alors au point de s’éteindre. Montségur était tombée soixante ans plus tôt. La France s’installait sur cette terre du sud en y chassant le comte de Toulouse, pesamment, moins parce qu’il fallait anéantir une hérésie que parce qu’il était pratique d’en supposer une afin de s’assurer, devant l’Aragon, l’usufruit du pays d’oc. Quelques villages reculés - qui n’étaient d’ailleurs pas gaulois du tout - résistaient encore tant bien que mal aux assauts de l’Inquisition. L’un d’eux s’appelait Montaillou. De celui-ci venait notre pâtre au grand c½ur. Il avait, tout jeune homme, mené les chèvres des autres sur les collines avoisinantes. Il prenait goût au vent. Mon destin, disait-il, c’est d’aller par monts et par vaux, c’est d’avoir partout des compères et des amies changeantes. Je ne peux vivre autrement que j’ai été nourri. Si je demeurais en permanence à Morella (un petit hivernage catalan), je crèverais en temps d’estive. Il était généreux, jovial, optimiste au fond d’une époque qui prêtait mal à rire, presque moderne dans sa simplicité. Il avait eu la bonne fortune d’être sur les routes au moment de la première rafle religieuse, en 1308. Il était donc recherché puisqu’il était favorable aux hérétiques, qu’il devait marier la fille de Raymond Pierre, lui-même cathare convaincu, mais on sent bien qu’il ne s’en soucie pas trop fort. Il avait mieux à faire. C’est tout juste s’il pousse ses vagabondages au sud et oscille entre estives pyrénéennes et hivernages catalans. C’est alors qu’il rencontre Guillaume Bélibaste, que la grande histoire connaît comme le dernier des vrais cathares. Ce qui est beaucoup dire lorsqu’on le connaît un peu plus. Pierre est attiré par cet homme exubérant, malhabile dans sa foi incertaine, pas même mauvais bougre au bout du compte. Il accepte même de marier brièvement la compagne de Bélibaste, sous prétexte qu’elle n’était autre chose qu’une couverture pour dissimuler l’ascète, mais renonce aussitôt qu’il comprend que sous cette couverture on pouvait être enceinte. C’est aussi lui qui servira de guide, même s’il se méfiait beaucoup de celui par qui venait la nouvelle, lorsque le bonhomme choisira de se risquer en France afin d’offrir le consolament (c’est-à-dire le seul sacrement cathare) à une mourante. Pourtant, il avait raison. C’était bien un piège. Pierre s’en sortira, cette seconde fois encore, s’offrant le délire d’une fuite où 100 kilomètres à pied se faisait tous les jours. De quoi s’essouffler tout à fait. Et de finir au mur strict, c’est-à-dire enchaîné sévèrement au mur d’une prison, et d’en mourir très vite. Mais seulement après avoir laissé en doux témoignage, tandis qu’il répondait presque gentiment aux questions de l’Inquisiteur, qu’on pouvait être très grand en restant très petit.

France - Les sentiers cathares - 15 jours, niv.1+, rando
Prochain départ: le 13 septembre 2008

Quelques mots pour un nom

1 mai, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

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Sur le chemin de l’Everest
Crédit photo: Karavaniers

Babu Chhiri Sherpa (Everest, 20e siècle)

J’ai un peu hésité à placer ici ce vieil ami trop rapidement perdu. Était-ce bien de l’histoire que je refaisais ou de la nostalgie ? J’ai décidé que ça n’y changeait pas grand-chose.

On croit qu’il faut avoir les yeux perçants et vaguement sombres pour soutenir l’Everest. Mais lui avait un sourire désarmant. On croit aussi qu’il faut des athlètes surentraînés, la taille fine et les bras démesurés, pour s’engager sur ses pentes. Mais lui était bedonnant. C’est pourquoi les légendes sont fausses. On nous présente le Babu disparu comme cet improbable conquérant des cimes, le piolet trop levé, les lèvres closes alors qu’il aimait rire, sérieux à en mourir alors qu’il racontait que son rêve le plus drôle était de se placer, tête en bas, pieds en l’air, sur le sommet du monde. On oublie qu’il n’était aucunement cet occidental venu conquérir une montagne en se battant sur elle mais un porteur de charges pour nourrir sa famille et un tout petit homme devant une divinité supérieure. Bien sûr qu’il portait plus fort et plus haut que les autres. Bien sûr qu’il avait fait dix fois l’ascension, qu’il était alors le plus rapide, qu’il est encore le seul à avoir posé une tente tout en haut pour ne pas vraiment y dormir mais pour attendre (la seule copie jamais faite dort d’ailleurs dans nos bureaux). Bien sûr qu’il est celui qui ne prenait jamais d’oxygène et que l’exploit est titanesque. Bien sûr que grâce à cela quatre grimpeurs dont les bonbonnes s’étaient vidées au point qu’ils attendaient une mort anonchalie et glacée ont pu raconter qu’un sherpa était revenu pour eux, au-dessus de 8000 mètres, avec deux bonbonnes sous chaque bras. Bien sûr.

Pourtant, je crois sincèrement que sa vraie valeur était ailleurs. Il me reste le souvenir de deux images qui lui ressemblent mieux que tous les piolets levés. La première concerne une randonnée vers l’Everest. Quelques mois plus tôt, il avait été mon sirdar - ou plus exactement j’avais été son assistant. Cette fois, il était sur la montagne. Nous arrivions à Gorak Shep, c’est-à-dire au bout de la route. Nous étions fatigué. Or voilà que je remarque une silhouette sur la moraine en direction du camp de base. Et que celle-ci s’approche. C’était Babu. Il était descendu du camp 2, le matin même, dans le seul but de nous offrir du chocolat parce qu’il lui était venu en tête qu’on serait peut-être épuisés d’avoir marché. Quant à lui, il me serra rapidement la main, et repartit aussitôt car il devait regrimper la montagne. L’autre image, je l’ai prise à Kathmandou. Il venait de battre le record de vitesse sur l’Everest. La cité l’attendait, en liesse. Les foules se pressaient sur le bord des routes. Lui était à l’avant d’une camionnette décapotable. Il disparaissait peu à peu sous les écharpes blanches qu’on donne là-bas en guise de fleurs. Je me rappelle surtout qu’il m’avait paru si petit au moment de son triomphe. Si humble. Bien sûr qu’il ne détestait pas qu’on le reconnaisse. Bien sûr qu’il était fier. Mais là, il était plus petit que lui. Minuscule presque. C’était déjà un autre qu’on fêtait. Une statue.

Je n’aurais jamais cru devoir, plus tard, justement fêter l’homme au travers de celle-ci.

Quand (toujours!) Cathares rime avec histoire…

3 avril, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans Transhumances

Le véritable chemin des Cathares et les spectres de la Rébenty. Le souvenir d’une forteresse à Castelpoor. Le groupe délicieux des cinq femmes.

Cathares : On ne connaît d’abord de l’épopée cathare que le plus spectaculaire. Quelques châteaux sur des pics, à Quéribus, à Puilaurens, à Montségur, des vestiges dont on ignore encore qu’ils n’ont pourtant qu’un faible lien avec le temps des albigeois , sinon celui d’avoir réutilisé les fondations des forteresses hérétiques au moment d’une autre guerre, cette fois contre l’Espagne, alors que la France érigeait quelque chose d’une ligne pour protéger sa frontière. C’est aussi pourquoi notre randonnée est une longue traversée est-ouest sur les contreforts pyrénéens.

En 2006, le groupe était composé de 5 femmes délicieuses. On s’attend toujours à ce que nos voyageurs sachent crapahuter sur les pierres des chemins. C’est le plus facile. À mon humble avis cependant, le plus beau est encore qu’ils puissent parfois s’enthousiasmer autant des ombres, je veux dire de ce qu’on devine sans trop l’apercevoir, de ce qui reste d’une histoire mille ans après l’histoire, c’est-à-dire une lourdeur, une ambiance, un souvenir. Cette ouverture-là est plus compliquée. Sans elle, on voit des châteaux (pas même vraiment cathares), ce qui est certainement suffisant. Mais pour ma part, j’aime autant ce qu’on ne trouve pas (ou à peine) dans l’obscure vallée de la Rébenty et l’enthousiasme débridé et rare de ces 5 bouts de femmes qui n’étaient pas sans l’avoir remarqué aussi. La France est rarement aussi profonde que dans cette gorge qui protège le pays de Sault, rarement aussi vide. Les villages sont des hameaux sans boulangerie (c’est vous dire un peu l’éloignement !). Et c’est exactement pourquoi il reste ici vraiment quelque chose de l’ancien chemin cathare, non plus un rêve touristique, mais les véritables pierres de l’époque. En fait, entre Castelpoor et Joucou - et déjà, quelle ancienneté occitane dans ces noms ! - on chemine sur des pierres plates et contre un mur moussu qu’avait déjà décrit un ancien voyageur en 987 (viam quæ exit de Joco et vadit apud Castrumpor) ! D’ailleurs, le second village existe toujours, fleuri, coquet, minuscule, et une petite église romane y rappelle encore que ce nom de Joucou n’était pas autre chose que le patronyme local d’un certain Saint-Jacques (même si la toute première abbatiale bénédictine n’est plus aujourd’hui qu’une ruine). Quant au premier, je l’adore. Castelpoor n’existe plus du tout. C’était pourtant un castellum dans la plus pure tradition cathare, discret, carré, sur une excroissance rocheuse depuis laquelle Joucou était visible (et aussi le château d’Able, plus éloigné). Deux hameaux microscopiques sommeillent toujours au pied de la colline. Je connais la dame du second (sa seule habitante d’ailleurs, ce qui en fait assurément le plus petit hameau de France) puisque son grand chien blanc nous tient toujours compagnie sur ce tronçon de route et qu’elle m’avait offert de racheter l’agréable propriété quelques années plus tôt. C’est par son jardin qu’on accède au piton de Castelpoor. Le sommet est étroit. Avec beaucoup d’imagination, on peut deviner quelque chose d’un carré d’où pouvaient naître des murs. Mais c’est tout. Sinon que je ne connais aucun endroit plus voisin, tant au niveau de l’histoire que de l’atmosphère, de la grande déroute cathare. C’est justement ici, invisible presque, qu’elle est la plus visible. Montségur est encore loin. Les promeneurs sont rares. Les villages sont inexistants, sinon ces lieux-dits d’un autre âge, sinon ces hasards d’église. Ce qu’on y voit s’apparente aux fantômes. Et c’est tant mieux parce la plus célèbre légende de la Rébenty raconte justement le passage de spectres blancs glissant lentement dans la nuit avec un bruit de crécelle. Souvenirs figés d’anciens lépreux ? Certainement. Mais moi j’y vois aussi, distinctement, les derniers cathares en fuite sur le chemin de Joucou.

France, Les sentiers Cathares - 15 jours, niv. 1+, départ le 13 septembre

Pas moyen d’être tranquille!

6 mars, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans BALI-vernes

Où nous réalisons ensemble qu’il y a des visiteurs qu’il vaut mieux éviter soigneusement de recevoir (c’est-à-dire quelques drôles à Bali et un comique au Népal)

Ah… les visites! Qui n’a pas eu ce voisin aux attentions désespérantes qui vous porte du sucre quand vous n’en voulez pas et paraît éternellement attendre derrière la haie que vous sortiez un peu sur votre terrasse pour lantiponner à loisir sur les potins de votre rue commune? Qui n’a pas quelqu’un dans sa famille, une tante éloignée ou un cousin en manque de ritalin, pour lui faire regretter de n’avoir pas choisi Kuujjuaq ou Bogota pour se cacher déjà et peut-être vivre ensuite? Pour tout vous dire, même à Bali on n’est pas assez loin. Vous savez déjà que je me vante suffisamment d’être ce français d’opérette qui n’a jamais vécu là-bas, que je place le mauvais caractère au niveau des vertus et la mauvaise foi comme une qualité, et bien ce français-là a encore l’hilarante malchance d’avoir comme seul voisin dans ses rizières – c’est-à-dire justement au bout du monde – un gaulois véritable pour qui ces valeurs généreuses sont mieux qu’à lui une profession de foi. Imaginez ma tête lorsque je l’ai vu arriver la première fois. Je crois que j’ai pensé déménager, voire revenir au Québec (ce qui est un comble quand on sait à quel point je m’y suis ennuyé). D’accord, il est gentil, il a bon c½ur, il est généreux. Mais il vient tous les jours. Il s’assoit sur ma terrasse et me raconte ses dernières histoires de filles, me redisant à chaque semaine qu’il est amoureux, qu’elle est encore cette créature aussi belle qu’Andromaque et aussi fine qu’Einstein, tout ça pour qu’à la semaine suivante cette gaupe ne soit plus qu’une tarée insipide puisqu’une autre déesse est sur le point de découvrir dans son lit (et avec lui) les secrets de la relativité générale.
C’est l’homme des tolérances zéro. Nous avons un chat qu’on partage et le pauvre nous arrive affamé, tous les soirs, tant le voisin refuse de lui donner des croquettes qui ne sont pas bio, préférant le gaver de riz naturel et de semoule écolo (ce que le chat n’aime pas trop). Une javanaise avait fait l’erreur d’habiter chez lui, il y a quelque temps, et la pauvrette ne pouvait plus manger ses nouilles habituelles pour la bonne raison que notre voisin s’offusquait qu’elles contiennent du MSG et n’avait plus droit d’écouter la télévision sous prétexte que les programmes indonésiens étaient ridicules (ce qui est vrai, et c’est justement pourquoi on les écoute autant). Inutile d’ajouter que cette savante jeune femme est allée manger plus librement ailleurs. Tout ça pour dire aussi que lorsque vous croyez que je me glousse de vous depuis mes chaleureuses rizières, que je parle de canicules lorsque vous vous gelez la tronche en février, que je bénis le calme et l’insouciance, sachez donc enfin qu’il y a aussi cet épuisant personnage pour venir me péter la bulle et vous faire rigoler d’être si bien servi à l’autre bout du monde.Pourtant, il s’agit encore là d’une visite des plus communément ordinaire. Nous en avons eu quelques autres au cours des années. La plus étonnante est peut-être celle qu’a reçue mon frère lors de son premier passage à Bali, tandis qu’il n’était pas habitué aux caractéristiques de l’île et que mon voisin ne sévissait pas encore trop fort dans le quartier. Il habitait une petite maison à cinq minutes de

la nôtre. Nous lui avions dit qu’il remarquerait les geckos, c’est-à-dire ces lézards gigantesques (30 cm au lieu de 10) dont chaque demeure possède forcément un spécimen. Le premier matin, il s’assoit calmement aux toilettes. Sur le mur devant lui grimpe alors un lézard aux dimensions spectaculaires : environ un mètre et demie. Soucieux de ne pas paraître trop naïf au pays des rizières, il nous en parle ensuite au déjeuner comme si la chose allait de soi. Le coquin terrifié n’avait pas vu un gecko mais un varan, ce qui est bien autre chose. De ces intrus étonnants, nous en avions reçu un autre. C’était au Népal. Mon Isabelle et moi habitions dans une chambre du dernier étage, devant la place royale de Bhaktapur. L’aube était belle et nous paressions encore. Quelqu’un frappa alors à la porte extérieure de la salle de bain, ce qui nous étonna un peu vu que celle-ci ne donnait que sur un balcon étroit sans escalier. Sans nous donner le temps de nous remettre de la surprise, l’individu ouvrit crânement la porte avant de s’amuser joyeusement à foutre le bordel dans nos affaires de toilette. Courageuse comme bien des filles amoureuses, mon Isabelle m’obligea à aller me faire arranger le portrait avant le sien dans la glace de la salle de bain. J’ouvris donc

la porte. Pour y trouver quel offensant visiteur ? Tout simplement le plus prévenant des singes élégiaques qui, pour ne pas offenser sa belle, avait pensé à se munir de notre tube à dentifrice avant d’aller la rejoindre pour leur premier rendez-vous!

Djamilia (Tchinghiz Aïtmatov)

6 mars, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans Sur le bout de la langue

Où êtes-vous aujourd’hui, sur quelles routes marchez-vous ? Il y a maintenant beaucoup de chemins nouveaux chez nous dans la steppe, par tout le Kazakhstan jusqu’à l’Altaï et la Sibérie ! Beaucoup de gens audacieux travaillent là-bas. Peut-être, vous aussi, êtes-vous allés dans ces pays ? Tu es partie, ma Djamilia, par la large steppe, sans regarder en arrière. […] Que la steppe se mette à bouger et à jouer de toutes ses couleurs ! Que tu te souviennes de cette nuit d’août ! Va, Djamilia, ne te repens point, tu as trouvé ton difficile bonheur ! Aragon - ce qui n’est quand même pas rien - avait écrit en 1959 qu’il considérait ce court roman comme la plus belle histoire d’amour du monde. On le croit. La vérité c’est qu’il est fascinant de constater que les hommes sont semblables et que les amours sont les mêmes. Le récit glisse pourtant le long d’une steppe sèche aux antipodes de nos habitudes, chez des semi-nomades recrutés par le pouvoir soviétique. On y devine la Mongolie voisine. Et puis l’histoire se fait ample. Elle se couche au milieu des gazons. Parce que l’amour est un repos.

Court Serpent (Bernard du Boucheron)

14 février, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans Sur le bout de la langue

Nous comprîmes que nous étions proches des établissements où Votre Éminence m’avait dépêché. […] Qu’elle imagine toutefois que ces fjords, couverts de neige et encombrés par le gel de la mer, offrent un spectacle de désolation où le vent et le froid ne laissent pousser aucun arbre ; et Votre Éminence comprendra pourquoi je doutais bientôt de la pertinence de son mandat et de la présence de chrétiens dans ces confins désolés. J’en vins à douter de la tradition qui faisait de ces rivages une lointaine et ancienne colonie de notre patrie, et des annales d’Islande qui en témoignent, auxquelles j’avais appris à faire crédit bien qu’elles soient écrites en langue barbare.

Une réussite dans la mesure où l’auteur rend crédible, tant au niveau de l’écriture que des tribulations, le rapport désenchanté d’un abbé du Moyen Age concernant des colonies établies autrefois sur ce qui paraît ressembler au Groenland. On découvre avec lui ce qui s’est conservé dans ce frigo du nord. Au fond d’une telle glaciation, on ne s’étonne pas de la violence du récit, par exemple des bûchers vacillants que l’abbé trouve heureux d’avoir expérimentés pour l’excellente raison qu’ils font mourir à petit feu et donc permettent aux pécheurs réchauffés la fruition d’un repentir avant de succomber. Les hommes d’église de l’Histoire véritable, au moment d’amorcer leur fureur inquisitoire, n’entendaient pas plus à rire que cet abbé romanesque.

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À chaque jour suffit sa peine…

14 février, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans BALI-vernes

Sur le fouillis ritualisé à Bali et ailleurs (ou, ce qui revient au même, sur l’interdiction formelle de faire simple quand on peut faire compliqué)

Sur mon grand bureau noir devant la fenêtre, j’ai placé le livre qu’un ami balinais m’a laissé afin de m’éviter le constant ridicule de faire devant lui bien des choses à l’envers - explication que je venais justement de l’envers du monde ne l’ayant pas tout à fait convaincu - et de m’embrouiller régulièrement les pattes dans les rizières de traditions de son petit lopin d’île. Si vous pensez un instant que notre Québec des règlements bidons est un maître en la matière (et j’affirme qu’il l’est), je crois pouvoir vous dire qu’il n’arrive encore qu’en seconde position.

D’accord, vous n’arrosez plus le gazon qu’en certains jours précis de l’année (par exemple en janvier), on vous menace d’écartèlement si vous ne séparez pas encore vos poubelles en quarante sacs différents qu’il faut d’ailleurs que vous achetiez vous-même, vous ne fumez qu’en cachette et n’avez plus trop le droit de pousser un pet de travers sans qu’un voisin teigneux se plaigne aussitôt du bruit de vos exsufflations. C’est déjà beaucoup. Mais pensez un peu au calvaire balinais des jours propices. Je vous donne des exemples burlesques (mais véridiques) : mon chat me tombe sur les nerfs et je voudrais le mettre en cage quelques heures pour qu’il ne saute plus sur les rayonnages de la bibliothèque. Impossible monsieur, il y a des jours pour ça. Le premier du mois, le 23, le 25 et le 30. Ou alors j’ai un truc à vendre, un vieil ordinateur ou un chandail percé. Impossible encore à moins d’attendre le 3, le 9, le 15 ou le 21. Une tempête de vent arrache une partie de mon toit à la saison des pluies (ça nous est arrivé). Des réparations monsieur ? C’est d’accord. Mais s’il avait fallu refaire le toit au complet avant que les meubles ne flottent du côté des rizières, j’en connais quelques-uns qui n’auraient pas voulu. Impossible monsieur, sinon le 15 et le 21. Et puis la folie des déménagements du premier août au Québec. Et bien ici, c’est pareil. Sauf qu’on ne bouge que le 21 ou le 23. Pour tout vous avouer, je n’ai pas encore osé ouvrir le terrifiant opuscule à la page propice des jeux amoureux, des aventures extraconjugales, ni à celle où il est sans doute catégoriquement interdit de se laisser mourir à certaines heures sans permission (ce qui est tout de même embêtant lorsque ça vous arrive).

Je sais très bien ce que vous allez me dire et je suis d’accord avec vous. Ces traditions à l’emporte pièces sont justement la raison pour laquelle Bali est ce paradis artistique et minutieux. S’il n’y avait pas ces aberrantes journées propices, si tous les nouveau-nés ne recevaient pas cette suite abracadabrante de dates pour les plus justes moments de leur parcours personnel (du premier baiser à l’heure exacte du mariage), si chaque temple n’avait pas sa journée favorable, si chaque balinais n’avaient pas trois cérémonies à offrir à son temple familial avant de passer le flambeau à son fils aîné, s’il n’y avait pas toutes ces kermesses des dieux mineurs, de chance à faire tourner, de blason à faire reluire, de faute à expier, Bali serait un endroit comme un autre avec des gens ordinaires. Ce n’est pas le cas. C’est pourquoi mon copain Ketut vient souvent s’en plaindre sur ma terrasse, écroulé sur le coussin thaïlandais. Il me dit que c’est compliqué (c’est le moins qu’on puisse dire !). Il murmure qu’il envie presque ma phénoménale incapacité à voir les jours autrement que l’un après l’autre. Pour rigoler, il me rappelle même mes propres ennuis lors de la cérémonie d’ouverture de la maison (c’est-à-dire ce moment où il faut demander poliment à la déesse du riz d’emprunter sa rizière pour une vingtaine d’années et lui promettre sagement de la lui remettre ensuite). On s’était alors battu quelques semaines avec le prêtre au sujet des poulets à sacrifier, sachant qu’il en fallait un nombre impair pour la maison, le puits et l’autel. Le tracas, là comme ailleurs, est encore de jongler entre une tradition dans laquelle le respect de la terre et des autres mérite qu’on s’y arrête et l’intérêt souvent mercantile des quelques-uns qui s’en servent pour multiplier leurs profits à partir de salamalecs cérémonieuses. Le prêtre voulait régler d’un coup (et sur mon dos) le problème de la grippe aviaire en Indonésie. Ketut croyait au contraire qu’un seul poulet était bien suffisant pour une divinité rizicole qui ne mourait pas vraiment de faim à Bali. Disons simplement qu’on a perdu, depuis, le joli privilège d’être bénis par cet Attila des poulaillers.

Pourtant, c’est également Ketut qui me rappelle en fronçant les sourcils les exemples éloquents et superstitieux de ceux qui n’ont plus garni leurs temples de fleurs et d’offrandes et les conséquences habituelles de ces abandons, soient perte d’argent, riz gâché ou naissance féminine. C’est aussi lui qui laissa, par un de ces hasards qui font si bien les choses, l’affolant opuscule du bout de ma table.