Fragments d’errances…

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Fragments d’errances…

Exemples sereins et drolatiques de nos transhumances karavanières. Bref retour sur les tracas indiens de crazy mister dog. Description désabusée d’un yeti au Népal.

Ladakh, Everest
Il se passe régulièrement des choses étonnantes au cours de nos voyages ensemble. Des trucs rigolos, des hasards, des détours qui deviennent aussitôt le plus beau de l’histoire, des rencontres irréelles ou heureuses, des amitiés – voire des amours – qui prennent fleurs au fond des tentes, tout ce genre de choses. Je me rappelle avoir écrit, après un premier voyage au Ladakh en 1999, l’aventure d’un chien calamiteux qu’on avait surnommé, non sans rire, crazy mister dog, et dont la mauvaise habitude d’aller bouffer les pattes des chèvres nous assurait à chaque fois, vu qu’il n’était pas simple d’expliquer aux bergers en colère que l’assourdissant animal nous avait adopté à notre insu et qu’il était dès lors hors de question de rembourser les pattes – pour ne rien dire des chèvres – perdues, d’ajouter quelques heures à nos marches quotidiennes afin de ne plus être à portée de voix des tibétains outrés. Ce qui, d’ailleurs, portait moins à rire. Quelque temps plus tard, je me rappelle aussi n’avoir rien écrit sur un autre circuit (cette fois dans la région de l’Everest), alors qu’un voyageur adorable mais à l’anglais limité m’accompagnait dans le village de Khunde. On trouve là-bas la bosse déguenillée d’un yak antédiluvien qu’on nous présente crânement (c’est le cas de le dire) comme le sommet de tête hautement ogival d’un yeti chimérique. Une vieille gueuse au fort trousseau de clés pointe à chaque fois ce tas de poil en ânonnant yeti, yeti (ce qui va de soi), tandis qu’elle se place avec habilité devant la boîte prévue pour les donations d’usage. Il est commun de laisser là-dedans 5 ou 10 roupies, moins pour la préservation hasardeuse des yeti (ou des yaks) que pour celle de la vieillarde qui s’en met plein les pattes. Mais voilà que notre souriant voyageur dépose 100 roupies. On le regarde tous, ébahis. La mégère se retient d’y mettre déjà les griffes afin d’éviter qu’une autre goûte à la manne inespérée. Puis on ressort. Alors il raconte qu’elle insistait si fort avec son eighty, eighty qu’il a cru bon d’en donner un peu plus. Et que, d’ailleurs, il faisait bien pitié son vieux chapeau de poil…

Je trouvais donc dommage qu’on les oublie si bien, ces fragments épars de nos anciens voyages. Ou qu’on ne reparle plus, ensuite, de ces moments très forts où partent en fumée, pour une raison ou une autre, les itinéraires les mieux préparés et que l’aventure s’emballe. Par exemple, au retour d’un sommet alors qu’une tempête est si forte qu’il sera impossible de retrouver les tentes. De quoi, au bout du compte, favoriser les contacts. Ou d’une épidémie de yaks, à laquelle je ferai allusion plus tard, mais dont les fièvres sont autrement contagieuses qu’on aurait pu imaginer (d’où le nom d’épidémie heureuse pour la nommer). Ou enfin, comme première transhumance (le mois prochain), d’un mort de 28 ans, sur l’île tropicale de Sulawesi, mais pour lequel notre présence offrait carrément un sens à sa vie.

Pascal

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