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L’Historiette – Atisha (ou Jobo, ou Dipamkara) (Tibet de l’ouest, 11e siècle)

5 November, 2009 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

Autant vous avertir. Le bouddhisme au Tibet, c’est lui. On a bien parlé d’une diffusion plus ancienne, à l’époque royale (c’est-à-dire au 7e siècle), soutenue par la grâce de deux princesses mariées au même roi tibétain et dont l’une était népalaise et l’autre chinoise. C’est vrai. Pourtant, peut-on véritablement parler de conversion lorsqu’un pays est encore, dans son immense majorité, fidèle à une religion plus ancienne au shamanisme fortement ritualisé ? Peut-on croire qu’il est suffisant que des rois s’y plient pour faire plaisir aux reines ? Bien sûr que non.

C’est pourquoi tout s’écroule lorsque s’écroule la royauté en 841, empire, puissance, bouddhisme surtout, et qu’il ne reste rien pour nommer le Tibet du siècle suivant pour la bonne raison qu’il n’existe plus.

Dès lors, essayons une comparaison improbable pour tenter d’y voir clair. Imaginez, par exemple, que Frontenac n’ait pas répondu par la bouche de tous ses canons et qu’il ait tout perdu. Voyez-le s’enfuir, le canon bas, pas même vers la France et très loin du Saint-Laurent, par exemple à Kuujjuaq. Voyez ensuite vivoter ses descendants. Et puis, au bout d’un long martyr, imaginez qu’arrive là-bas un sage gigantesque, quelque chose de Thomas d’Aquin, de Descartes ou de Goethe, et que, non content de venir à cette invitation du bout des tables, il sache tout refaire, tout recréer, menant même les successeurs du roitelet hypothétique vers un empire ahurissant de la taille d’une Amérique. Démentiel non ? Et bien Atisha, c’est ça !

L’homme était bengali. À l’époque, le bouddhisme agonisait aussi en Inde. La faute en incombait moins aux raids musulmans qu’au développement fulgurant d’un tantrisme hébété reposant tout à fait sur une sexualité trop séduisante. Atisha, s’il voulait apprendre autre chose que des râles, devait s’exiler. Mais pour aller ou ? La réponse à de quoi scier les jambes. Il partit vers Sumatra ! Cette île indonésienne était alors – au même titre que Java – le centre d’un bouddhisme épuré. Il y resta 13 ans. À son retour, il était l’un des rares du sous-continent indien – sinon le seul – à y comprendre encore quelque chose. Puis Frontenac l’invita. Atisha écrivit pour lui un texte hautement novateur appelé la lumière sur le chemin de l’éveil. Sa densité est telle qu’il tient sur une page, même si le commentaire qu’il ajouta afin d’en expliquer tous les sens en demande quelques centaines. Le Tibet renaissait. Quant au bouddhisme qui n’allait plus manquer de le suivre pas à pas, c’était encore plus fort. Pensez seulement que ce bouddhisme indien qui n’existait alors déjà presque plus et que cet autre dont il ne reste rien sinon peut-être le stupa de Borobudur, sur l’île voisine, on les connaît aujourd’hui encore pour la seule raison qu’un fou merveilleux avait cru bon de mêler le chaud et le froid et que le froid conserve mieux.

Pascal Guillaume

Prochain voyage Tibet/Népal: « Kaïlash » – 9 octobre au 7 novembre 2010

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Pierre Maury (Pays cathare, 14e siècle)

3 June, 2009 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

L’Histoire est presque toujours l’histoire des grands hommes. Mais les petits, les honnêtes, les décents, ceux qui s’attardent à labourer les champs ou à mener les troupeaux, ceux qui font humblement leur devoir d’être humains, où sont-ils ? On ne les connaît pas. Sauf un, peut-être. Un berger tout simple.
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De ces bergers magnifiques dont on imagine qu’ils lisaient les étoiles, de ces coureurs d’espace. La vive étincelle cathare, c’est-à-dire l’idée de voir autrement le sacrifice du Christ avec tout ce que cela oblige de différences ensuite, était alors au point de s’éteindre. Montségur était tombée soixante ans plus tôt. La France s’installait sur cette terre du sud en y chassant le comte de Toulouse, pesamment, moins parce qu’il fallait anéantir une hérésie que parce qu’il était pratique d’en supposer une afin de s’assurer, devant l’Aragon, l’usufruit du pays d’oc. Quelques villages reculés – qui n’étaient d’ailleurs pas gaulois du tout – résistaient encore tant bien que mal aux assauts de l’Inquisition. L’un d’eux s’appelait Montaillou. De celui-ci venait notre pâtre au grand c½ur. Il avait, tout jeune homme, mené les chèvres des autres sur les collines avoisinantes. Il prenait goût au vent. Mon destin, disait-il, c’est d’aller par monts et par vaux, c’est d’avoir partout des compères et des amies changeantes. Je ne peux vivre autrement que j’ai été nourri. Si je demeurais en permanence à Morella (un petit hivernage catalan), je crèverais en temps d’estive. Il était généreux, jovial, optimiste au fond d’une époque qui prêtait mal à rire, presque moderne dans sa simplicité. Il avait eu la bonne fortune d’être sur les routes au moment de la première rafle religieuse, en 1308. Il était donc recherché puisqu’il était favorable aux hérétiques, qu’il devait marier la fille de Raymond Pierre, lui-même cathare convaincu, mais on ne sent bien qu’il ne s’en soucie pas trop fort. Il avait mieux à faire. C’est tout juste s’il pousse ses vagabondages au sud et oscille entre estives pyrénéennes et hivernages catalans. C’est alors qu’il rencontre Guillaume Bélibaste, que la grande histoire connaît comme le dernier des vrais cathares. Ce qui est beaucoup dire lorsqu’on le connaît un peu plus. Pierre est attiré par cet homme exubérant, malhabile dans sa foi incertaine, pas même mauvais bougre au bout du compte. Il accepte même de marier brièvement la compagne de Bélibaste, sous prétexte qu’elle n’était autre chose qu’une couverture pour dissimuler l’ascète, mais renonce aussitôt qu’il comprend que sous cette couverture on pouvait être enceinte. C’est aussi lui qui servira de guide, même s’il se méfiait beaucoup de celui par qui venait la nouvelle, lorsque le bonhomme choisira de se risquer en France afin d’offrir le consolament (c’est-à-dire le seul sacrement cathare) à une mourante. Pourtant, il avait raison. C’était bien un piège. Pierre s’en sortira, cette seconde fois encore, s’offrant le délire d’une fuite où 100 kilomètres à pied se faisait tous les jours. De quoi s’essouffler tout à fait. Et de finir au mur strict, c’est-à-dire enchaîné sévèrement au mur d’une prison, et d’en mourir très vite. Mais seulement après avoir laissé en doux témoignage, tandis qu’il répondait presque gentiment aux questions de l’Inquisiteur, qu’on pouvait être très grand en restant très petit.

Voyage Karavaniers: FRANCE « Les sentiers cathares »: du 12 au 26 septembre 2009

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Fa Ngum (Laos, 14e siècle)

2 April, 2009 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

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Vestiges khmères au Laos
Crédit photo: Pascal Guillaume

Pour bien comprendre, il faut déjà savoir que l’Asie du sud-est possède également une culture dite classique. Ailleurs, c’est la Grèce antique qu’une Europe admire et copie. Ici, ce sont les khmères. C’est-à-dire cet empire indianisé du Cambodge dont les très riches heures – du moins architecturales – avaient permis la levée miraculeuse d’Angkor Wat, du Bayon, de Wat Phu ou de Phimai. Mais tout ça, c’était quelques siècles plus tôt. Au moment de raconter cette histoire, il périclitait dangereusement.

Le grand peuple thaï achevait alors sa lente migration depuis le Yunnan et entrait subitement dans l’Histoire en surgissant du soupirail plutôt qu’en passant par la porte : ils étaient mercenaires. Si bien que lorsque des mongols sur le retour, moins diligents à caracoler jusqu’à Vienne, s’amuseront à mettre le feu aux jungles pour rigoler un peu, il se fera un grand vide au centre duquel pataugeront aussitôt les plus zélés guerriers venus du soupirail. La Thaïlande se fait alors un nom (sauf qu’elle s’appelle encore Sukhotai et Lanna). Quant à nos khmères à bout de souffle, ils garderont malgré tout un bout de jardin d’où regarder leurs ruines. Ils auront même avec eux, pour défricher les herbes, les derniers mercenaires thaïs. Le plus célèbre de ces aventuriers de la onzième heure s’appelait Fa Ngum. Il devint général de l’armée khmère. On le maria à la fille du roi, déjà pour s’assurer qu’il n’aurait pas aimé faire marche arrière au moment d’augmenter les terres cambodgiennes au détriment de Sukhotai. C’est d’ailleurs vrai qu’il ne recula pas. Le gredin poussa si avantageusement ses conquêtes qu’il pût s’asseoir au bout, pas vraiment mécontent de dire adieu à l’infortuné beau-père, et s’inventer un empire. Le Laos venait de se faire un nom (sauf qu’il s’appelait alors Lan Xang – c’est-à-dire le million d’éléphants. Où il faut voir une valorisation peut-être excessive de sa capacité militaire). Le beau-père, pas rancunier et certainement soucieux d’une alliance à ne pas trop chahuter, offrit au nouveau roi une statue appelée Prabang, de style khmère, dont on peut penser qu’elle rappelait discrètement au gendre infidèle qu’il n’était pas pour rien dans son élévation inattendue.

La statue n’arriva pas pour l’excellente raison que notre homme avait cru bon de se marier une seconde fois, entre temps, dans le but d’amadouer les copains du soupirail qui n’étaient pas s’en s’inquiéter beaucoup de voir sur leurs plates-bandes cet ambitieux et tous ses éléphants. En conséquence de quoi il y eut, dans le royaume naissant, une savoureuse guerre féminine. Le combat des reines. Qui l’a gagné, me direz-vous ? Regardez la physionomie des laotiens actuels, écoutez leurs discours. Ce sont des thaïs. Ce qui est rigolo c’est qu’un siècle plus tard, ceux-ci firent tout de même venir la statue de la discorde, allant jusqu’à changer le nom de la capitale et l’appeler Luang Prabang !

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Boris Lissanevitch (Katmandou, 20e siècle)

5 February, 2009 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

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Crédit photo: Matthieu Saillant

Il y a, à Katmandou, un palais démesuré dont les pièces accumulent tristement les dossiers jaunasses du ministère du revenu. Personne ne le remarque plus au fond du jardin vide. Mais si je vous racontais qu’un excentrique de la plus belle espèce, un coureur de routes – et jadis de jupons -, ancien russe blanc en fuite, ancien danseur de ballet au talent reconnu, ancien dandy colonial, investisseur décavé de toutes les cause perdue, qu’un réfugié en somme, avait placé là le tout premier hôtel d’un Népal encore moyenâgeux, me croiriez-vous ? Pourtant, c’était bien celui-là qu’on connaissait alors comme le Royal du grand Boris. Des chambres immenses, des majordomes devant chaque porte, même s’il fallait aussi répéter au personnel qui n’y savait pas grand-chose qu’on ne servait pas à boire l’eau des toilettes, même si Boris acceptait souvent d’un grand revers de la main que le plus impécunieux des voyageurs y dorme aussi en lui chuchotant à l’oreille que les prix faramineux des chambres c’était pour les autres.

Avec un bar, dont le nom est resté (le Yak and Yeti), mais au fond duquel on sirotait plutôt limonade – et eau de toilette – que whisky tant l’alcool était rare. Avec, parfois, des délires ahurissants qu’il fallait pourtant que les hôtes autorisent, par exemple ces cochons venus trois semaines odorer les jardins jusque sous les fenêtres des chambres, tout ça parce que Boris avait pensé qu’il serait bon d’en faire l’élevage intensif. C’était donc là où dormaient les précurseurs, Hillary, Peissel, l’ethnologue Hagen, des maharaja aux richesses indécentes comme les tous premiers randonneurs aux semelles percées.

L’exubérant Boris est un personnage improbable. Naissance à Odessa. Blessé à 15 ans alors qu’il se bat contre les soviétiques. Caché par sa tante dans le corps de ballet de la ville ukrainienne où il se dissimule si bien qu’il devient premier rôle. Mandaté à Berlin pour copier les plans de la salle de concert lorsque la sienne brûle. Il en profite pour fuir à Paris. Sur un coup de tête, il se présente à Diaghilev (alors seule inspiration derrière le plus grand ballet européen du moment). Il lui plaît. Commencent alors cinq années d’une gloire débutante, avec Massine, à La Scala de Milan, à Londres, avec Cocteau ou Stravinsky pour arroser les soirs d’angoisse. Pourtant, des fourmis dans les pattes. Tournées en Amérique du sud puis en Asie. Tout le grand luxe colonial lui tombe dessus, Bombay, Calcutta, Ceylan, Java et Bali, Singapour où il danse au Raffles, Shanghai, Indochine enfin pour chasser les grands fauves. Faudrait-il, après tout ça, revenir vers l’Europe ? Justement non puisque l’homme est réfugié perpétuel et qu’on est pingre, là-bas, de papiers d’identité. Paradoxalement, devenir citoyen britannique depuis Calcutta. Ensuite, moins en jambes, se relancer avec l’élaboration d’un club sélect où se mêlent joyeusement les plus hauts personnages d’Europe et d’Orient (le 300 Club). Il amuse maharaja et résidents étrangers. On le voit aux cuisines élaborer des plats sublimes, caviars, vins fins, foie gras, tout ça à la Boris et si durablement qu’il sera ensuite grand responsable des festins de la famille royale népalaise. Le voilà d’ailleurs au Népal, devant un roi pas trop chaud à l’idée d’inviter les touristes. Boris lui demande d’accepter un groupe, le tout premier. De leur faire l’honneur de venir les saluer. Et tandis que sa majesté arrive, notre homme s’empresse de placer sur les tables sculptures, tissus, peintures et bagatelles. Les touristes en perdent carrément la tête. Et le roi, qui se voit déjà riche, ouvre finalement son beau pays au monde.

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Sven Hedin (Tibet, 20e siècle)

11 December, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

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Kaïlash, la montagne sacrée!
Crédit photo – Pascal Guillaume

Savez-vous exactement la première chose qu’a faite Younghusband, en 1904, au moment où les troupes anglaises qu’il dirigeait ont envahi Lhassa ? Il écrivit une lettre d’excuse à Sven Hedin.

C’est dire l’influence du personnage. Et son plus grand paradoxe. En effet, le moins timoré des explorateurs tibétains, le seul qui puisse approcher – j’oserais d’ailleurs dire dépasser – la gloire sans partage des vadrouilleurs africains (Livingstone, Stanley, Speke, Burton et les autres), celui des chemins innombrables, des théories interminables et des lectures démesurées, cet homme-là est encore le seul à n’avoir jamais pu rejoindre Lhassa. Pensez à une force de la nature, à quelqu’un qui avait su si rapidement qu’il ne rêverait jamais d’autre chose qu’il pouvait s’endurcir, encore adolescent, en se glissant l’hiver sous les eaux suédoises. Imaginez quelqu’un de si téméraire au moment d’un premier voyage qu’il courtise aussitôt le c½ur du plus vaste désert après le Sahara, soit le Takla Makan, dans l’espoir fou de trouver sous les sables quelque chose des voies anciennes de la soie, qu’il y parvient d’ailleurs presque, mais que l’expédition s’enlise ensuite au point où les chiens, les autochtones et même les chameaux y succombent tour à tour, tout le monde sauf Hedin qui survit jusqu’au bout. L’homme était du genre à défoncer les portes plutôt qu’à les ouvrir. Malheureusement pour lui, Lhassa n’était plus à prendre.

J’ai eu la bonne fortune de trouver à Katmandou, il y a quelques années, une réédition indienne et poussiéreuse de son projet le plus ambitieux et le plus démesuré. Il s’agit de neuf volumes appelés South Tibet et de trois hors-textes ahurissants pour cartes monumentales (60 cm par 45 cm, pour vous donner une idée). L’auteur développe là-dedans une thèse compliquée qui laisse aujourd’hui rêveur. Hedin est certainement le premier à prouver complètement que ce mont Kaïlash à la sainteté exceptionnelle n’était pas un leurre religieux de plus, qu’il existait réellement au point que les livres sacrées lorsqu’ils racontaient une montagne aux quatre sources miraculeuses n’exagéraient pas du tout. Il les avait retrouvées : Sutlej, Brahmapoutre, Gange et Indus. De cela, il parle abondamment. Mais il ajoute une théorie supplémentaire. Selon lui, cette chaîne nouvelle de montagnes au centre de laquelle avait poussé Kaïlash (les Transhimalayennes), il nous assure que c’est la plus élevée. Qu’elle surpasse Everest et Himalaya.

D’où la question qui revient. Un homme a-t-il perdu parce qu’il s’est trompé ? Speke l’Africain, par exemple, le grand chasseur benoît, le benêt colonial, vaut-il mieux que Burton-le-polyglotte pour la seule raison qu’il a joué gagnant sur la source du Nil ? L’Histoire paraît vouloir répondre oui. Mais n’est-ce pas qu’il faudrait s’époumoner à lui rétorquer non

Tibet – Népal : Kaïlash , à l’origine du monde,  30 jours, niv.3+
Prochain départ: le 10 octobre 2009.

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Henri Mouhot (Laos, 19e siècle)

2 October, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

Sa tombe a été retrouvée par des japonais, en 1990. Un grand caisson blanc, incongru, sur le bord d’un torrent à quelques kilomètres de Luang Prabang. Que sait-on aujourd’hui de cet explorateur d’avant l’Indochine, pas même vraiment jeune au moment de débuter son premier délire untitled-2.jpgoriental, crâne dégarni, redingote sombre, barbe soignée et auguste, sinon qu’il a été le premier à raconter avec verve les ruines démesurées et sublimes – pour ne rien dire des grands visages énigmatiques – du très célèbre Angkor Wat ?

On fait toujours l’erreur de l’imaginer comme ce voyageur endimanché devant des apsaras muettes, à la manière d’un Malraux de cinquante ans plus tard, sans lui ajouter toutefois – et c’est heureux – cet esprit de rapine qui nuit si fort à la mémoire de l’écrivain de La Voix Royale. Il n’en est pourtant rien. La France était on ne peut plus timide, de ce côté du monde, en 1858. C’est donc par Bangkok qu’arriva Mouhot, après avoir longuement gagné sa vie comme professeur d’anglais (notamment en Russie). Il précède d’une bonne décennie l’engouement à venir du Mékong, alors qu’on supposera pour le fleuve des vertus embarrassantes et notamment cette capacité de rejoindre la Chine sans s’ébrouer de rapides (rien n’est plus faux). Notre barbu est encore bien seul au fond des jungles humides. A peine quelques serviteurs annamites pour l’aider et un cahier tavelé afin d’y croquer sur papier ces scarabées lumineux qui lui plaisaient tellement (mais aussi, incidemment, les grands visages sages d’Angkor).

Son premier périple est une boucle sur laquelle les ruines cambodgiennes se tiennent d’un côté et la capitale du Siam de l’autre. C’est aussi le seul voyage dont il nous dit quelque chose de son vivant. Ce qu’on sait c’est que cette première fugue lui avait mis, en quelque sorte, l’eau à la bouche. Et qu’il s’enhardissait à rêver mieux. Pourquoi, écrivait-il à l’époque, ne pas explorer le plateau d’Isaan (aujourd’hui Khorat, dans la Thaïlande du nord-est), alors totalement inconnu et d’ailleurs soumis aux fièvres délétères d’un paludisme de fin du monde, avant de remonter au nord par des jungles insoupçonnées jusqu’à l’ancienne capitale du Laos ? De quoi emplir sa besace, déjà, d’insectes nouveaux. Puis, au retour, descendre le Mékong avant tous les autres afin de vérifier cette rumeur dont il sentait venir le poids, c’est-à-dire sa navigabilité. Beau programme. Sauf qu’il n’avait pas compté avec les délais administratifs de l’empire siamois (comme quoi rien ne change) et que son départ en saison sèche s’est compromis en course sous la pluie. On suit dans son journal cette lente victoire humide. Et on s’inquiète. Il atteint pourtant Luang Prabang. Il s’y installe. Il poursuit même sa quête grouillante sur le bord d’un torrent. Quelques scarabées portent encore aujourd’hui son nom, prouvant assez qu’il n’avait pas chômé. Pourtant, il est trop tard. Les fièvres ont gagné. Il s’éteint sur le bord du torrent, en 1861, bien avant qu’un journal posthume lui fasse un peu un nom. A l’endroit exact où un grand caisson blanc, incongru, s’était perdu aussi.

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L’histoire d’un berger cathare

28 June, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

Pierre Maury (Pays cathare, 14e siècle)

L’Histoire est presque toujours l’histoire des grands hommes. Mais les petits, les honnêtes, les décents, ceux qui s’attardent à labourer les champs ou à mener les troupeaux, ceux qui font humblement leur devoir d’être humain, où sont-ils ? On ne les connaît pas.

Sauf un, peut-être. Un berger tout simple. De ces bergers magnifiques dont on imagine qu’ils lisaient les étoiles, de ces coureurs d’espace. La vive étincelle cathare, c’est-à-dire l’idée de voir autrement le sacrifice du Christ avec tout ce que cela oblige de différences ensuite, était alors au point de s’éteindre. Montségur était tombée soixante ans plus tôt. La France s’installait sur cette terre du sud en y chassant le comte de Toulouse, pesamment, moins parce qu’il fallait anéantir une hérésie que parce qu’il était pratique d’en supposer une afin de s’assurer, devant l’Aragon, l’usufruit du pays d’oc. Quelques villages reculés – qui n’étaient d’ailleurs pas gaulois du tout – résistaient encore tant bien que mal aux assauts de l’Inquisition. L’un d’eux s’appelait Montaillou. De celui-ci venait notre pâtre au grand c½ur. Il avait, tout jeune homme, mené les chèvres des autres sur les collines avoisinantes. Il prenait goût au vent. Mon destin, disait-il, c’est d’aller par monts et par vaux, c’est d’avoir partout des compères et des amies changeantes. Je ne peux vivre autrement que j’ai été nourri. Si je demeurais en permanence à Morella (un petit hivernage catalan), je crèverais en temps d’estive. Il était généreux, jovial, optimiste au fond d’une époque qui prêtait mal à rire, presque moderne dans sa simplicité. Il avait eu la bonne fortune d’être sur les routes au moment de la première rafle religieuse, en 1308. Il était donc recherché puisqu’il était favorable aux hérétiques, qu’il devait marier la fille de Raymond Pierre, lui-même cathare convaincu, mais on sent bien qu’il ne s’en soucie pas trop fort. Il avait mieux à faire. C’est tout juste s’il pousse ses vagabondages au sud et oscille entre estives pyrénéennes et hivernages catalans. C’est alors qu’il rencontre Guillaume Bélibaste, que la grande histoire connaît comme le dernier des vrais cathares. Ce qui est beaucoup dire lorsqu’on le connaît un peu plus. Pierre est attiré par cet homme exubérant, malhabile dans sa foi incertaine, pas même mauvais bougre au bout du compte. Il accepte même de marier brièvement la compagne de Bélibaste, sous prétexte qu’elle n’était autre chose qu’une couverture pour dissimuler l’ascète, mais renonce aussitôt qu’il comprend que sous cette couverture on pouvait être enceinte. C’est aussi lui qui servira de guide, même s’il se méfiait beaucoup de celui par qui venait la nouvelle, lorsque le bonhomme choisira de se risquer en France afin d’offrir le consolament (c’est-à-dire le seul sacrement cathare) à une mourante. Pourtant, il avait raison. C’était bien un piège. Pierre s’en sortira, cette seconde fois encore, s’offrant le délire d’une fuite où 100 kilomètres à pied se faisait tous les jours. De quoi s’essouffler tout à fait. Et de finir au mur strict, c’est-à-dire enchaîné sévèrement au mur d’une prison, et d’en mourir très vite. Mais seulement après avoir laissé en doux témoignage, tandis qu’il répondait presque gentiment aux questions de l’Inquisiteur, qu’on pouvait être très grand en restant très petit.

France – Les sentiers cathares – 15 jours, niv.1+, rando
Prochain départ: le 13 septembre 2008

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Quelques mots pour un nom

1 May, 2008 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

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Sur le chemin de l’Everest
Crédit photo: Karavaniers

Babu Chhiri Sherpa (Everest, 20e siècle)

J’ai un peu hésité à placer ici ce vieil ami trop rapidement perdu. Était-ce bien de l’histoire que je refaisais ou de la nostalgie ? J’ai décidé que ça n’y changeait pas grand-chose.

On croit qu’il faut avoir les yeux perçants et vaguement sombres pour soutenir l’Everest. Mais lui avait un sourire désarmant. On croit aussi qu’il faut des athlètes surentraînés, la taille fine et les bras démesurés, pour s’engager sur ses pentes. Mais lui était bedonnant. C’est pourquoi les légendes sont fausses. On nous présente le Babu disparu comme cet improbable conquérant des cimes, le piolet trop levé, les lèvres closes alors qu’il aimait rire, sérieux à en mourir alors qu’il racontait que son rêve le plus drôle était de se placer, tête en bas, pieds en l’air, sur le sommet du monde. On oublie qu’il n’était aucunement cet occidental venu conquérir une montagne en se battant sur elle mais un porteur de charges pour nourrir sa famille et un tout petit homme devant une divinité supérieure. Bien sûr qu’il portait plus fort et plus haut que les autres. Bien sûr qu’il avait fait dix fois l’ascension, qu’il était alors le plus rapide, qu’il est encore le seul à avoir posé une tente tout en haut pour ne pas vraiment y dormir mais pour attendre (la seule copie jamais faite dort d’ailleurs dans nos bureaux). Bien sûr qu’il est celui qui ne prenait jamais d’oxygène et que l’exploit est titanesque. Bien sûr que grâce à cela quatre grimpeurs dont les bonbonnes s’étaient vidées au point qu’ils attendaient une mort anonchalie et glacée ont pu raconter qu’un sherpa était revenu pour eux, au-dessus de 8000 mètres, avec deux bonbonnes sous chaque bras. Bien sûr.

Pourtant, je crois sincèrement que sa vraie valeur était ailleurs. Il me reste le souvenir de deux images qui lui ressemblent mieux que tous les piolets levés. La première concerne une randonnée vers l’Everest. Quelques mois plus tôt, il avait été mon sirdar – ou plus exactement j’avais été son assistant. Cette fois, il était sur la montagne. Nous arrivions à Gorak Shep, c’est-à-dire au bout de la route. Nous étions fatigué. Or voilà que je remarque une silhouette sur la moraine en direction du camp de base. Et que celle-ci s’approche. C’était Babu. Il était descendu du camp 2, le matin même, dans le seul but de nous offrir du chocolat parce qu’il lui était venu en tête qu’on serait peut-être épuisés d’avoir marché. Quant à lui, il me serra rapidement la main, et repartit aussitôt car il devait regrimper la montagne. L’autre image, je l’ai prise à Kathmandou. Il venait de battre le record de vitesse sur l’Everest. La cité l’attendait, en liesse. Les foules se pressaient sur le bord des routes. Lui était à l’avant d’une camionnette décapotable. Il disparaissait peu à peu sous les écharpes blanches qu’on donne là-bas en guise de fleurs. Je me rappelle surtout qu’il m’avait paru si petit au moment de son triomphe. Si humble. Bien sûr qu’il ne détestait pas qu’on le reconnaisse. Bien sûr qu’il était fier. Mais là, il était plus petit que lui. Minuscule presque. C’était déjà un autre qu’on fêtait. Une statue.

Je n’aurais jamais cru devoir, plus tard, justement fêter l’homme au travers de celle-ci.

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L’histoire d’un meurtre

20 July, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

George Hayward (Pakistan, 19e siècle)

La stèle se trouve dans un petit verger de Gilgit que les herbes reprennent. On y lit un nom, une date et un mot : Sacrée à la mémoire de G.W. Hayward, assassiné cruellement à Darkot, le 18 juillet 1870, alors qu’il cheminait vers les steppes du Pamir. Plus bas, on a ajouté : Ce monument est érigé à la mémoire d’un noble officier et d’un voyageur accompli par sa grandeur, le Maharaja du Cachemire, à l’incitation de la Société Royale de Géographie de Londres.

Rares sont les eulogies plus abstruses, ni plus trompeuses. Mais rares aussi sont les drames plus rebondissants que celui du pauvre Hayward.

Première surprise, à relire la dalle, des steppes aux Pamir ! Lorsqu’on sait que le terme signifie toit du monde, avec ce que cela comprend de vertiges et de pics, on peut déjà s’étonner d’y trouver soudainement ces longs gazons à la mongole. C’est bien pour dire qu’en 1870, on n’en savait rien. On connaissait la démesure des montagnes autour de Gilgit et vers la vallée d’Hunza, mais il manquait toujours un K2 pour sortir de l’ombre et toute une géographie septentrionale. Il y a ensuite cette ahurissante notion d’officier qui aurait certainement blessé l’intéressé tant sa carrière indienne était derrière lui. De toute façon, c’est en indépendant – bien qu’il ait été aussi discrètement mandaté par la Société Royale de Géographie -, c’est-à-dire en tête forte, frondeur plutôt qu’adroit, qu’il allait se faire un nom au milieu de montagnes qui n’en avaient pas encore.

Mais le plus ironique est ailleurs. Pour le comprendre, il n’est pas inutile de revoir brièvement la courte carrière d’Hayward. A l’époque, la guerre froide entre les russes et les anglais (alors bien établis en Inde) bat son plein. C’est à qui explorera le plus rapidement les grands espaces vides de l’Asie centrale, afin d’y placer déjà le grand drapeau triste de l’une ou l’autre des nations coloniales, mais aussi pour y reconnaître avant l’adversaire les plus utiles chemins de conquêtes. Le n½ud de l’affaire, alors, se trouve aux Pamir (dont on peut, d’ailleurs, craindre le pire si on imagine une steppe). Mais comment vérifier ? La région pakistanaise est alors un sac d’embrouilles, un coupe-gorge, chaque vallée abritant un émir de petite volée plus prompt à jouer du sabre qu’à comprendre le grand jeu d’échec au-dessus de sa tête. Et d’ailleurs, le maharaja du Cachemire, officiellement sujet britannique, n’est pas sans aimer beaucoup ce flou terrifiant au nord de chez lui puisqu’il ambitionne, sans trop s’inquiéter d’être sanguinaire, de faire main basse sur le territoire des montagnes. Hayward est donc obligé de ruser pour sa première tentative, de passer par Yarkand (alors dans les tréfonds du Turkménistan chinois, c’est-à-dire au Xinjiang) avant d’espérer joindre les Pamir par le nord. Mais sans succès. C’est alors qu’il s’énerve. Sans laisser aux britanniques le choix de lui dire non afin de préserver leur statu quo avec le maharaja, il s’embarque pour Gilgit. Il recueille les témoignages des massacres récents. Offusqué, il ne se retient pas d’écrire dans un journal anglais, à son retour, un brûlot dithyrambique où le maharaja en prend pour son rhume. Puis il y retourne, sans trop saisir qu’il vient de créer au beau tapage. L’Angleterre est embêtée, prise entre une alliance opportune et une colère populaire qu’elle aurait voulu taire. Le maharaja a perdu la face. Quant à ceux qui avaient d’abord cru gagner quelque chose de cette algarade inespérée, c’est-à-dire les petits émirs des montagnes, il leur apparaît peu à peu qu’ils risquent de perdre beaucoup tant le Cachemire veut se venger et l’Angleterre se fermer les yeux.

De là à dire qu’Hayward était attendu, c’était peu dire. C’était à qui allait frapper le premier. Jamais meurtre ne fut plus assuré. On le tua donc à l’aube du 18 juillet. Quelques années plus tard, sur cette même route de Yarkand, un inconnu raconta qu’un certain monarque du Cachemire n’était peut-être pas tout à fait innocent. De ça, on se doutait un peu. Si bien qu’il faut rire jaune à regarder la stèle, une dernière fois, lorsqu’on y découvre le nom du très généreux donateur…

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Le 6e Dalaï-lama

17 May, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans L'historiette

Tsangyang Gyamtso, le 6e Dalaï-lama
Tibet central, 17e siècle

Nous sommes à Lhassa. Imaginez un lent dédale de maisons blanches sur trois étages et l’étonnant Barkhor où déambulent les pèlerins. Remarquez aussi, de temps à autre, quelques demeures anciennes d’un jaune presque safran. Arrêtons là, voulez-vous ? Car il se trouve que sur cette couleur de feu on pourrait dire beaucoup. Il faudrait revenir en arrière. Revoir tout le tragique d’un Tibet qui s’enfonçait dans une religieuse amertume, à l’écart des autres, à l’écart du temps, sur le mauvais versant d’un âge d’or qui finissait à peine. Le 6e Dalaï-lama était un tout jeune homme. Mais il n’avait pas voulu de l’équivoque emprise des moines du 17e siècle, de cette politique du spirituel. Il refusa les v½ux monastiques. Le tissu safran qu’il n’a jamais porté sous sa bure de moine, il l’a peint sur les murs. Sur ses quartiers d’indécence, comme il osait le dire, là où couchaient ses maîtresses…

On a parlé, sur la vie de ce foisonnant personnage, de trois grands mystères. Sa naissance, d’abord, puisqu’il avait fallu la cacher une vingtaine d’année (dans des conditions exécrables) afin de ne pas donner suite aux rumeurs de Lhassa qui prétendaient, non sans raison, que le grand cinquième était mort depuis longtemps déjà mais qu’on en cachait l’évidence afin de ne pas déstabiliser un pays qui n’allait pas se remettre facilement de la mort d’un si grand homme (tant bien même sa réincarnation attendait sagement, dans la peau du 6e, aux frontières du royaume). Sa vie, ensuite, et donc cette absence de v½ux monastiques afin d’éviter manifestement de se retrouver prisonnier une seconde fois, malgré l’ajout d’une soutane soutachée d’or. Sa mort, enfin, c’est-à-dire cet assassinat politique au bout d’un long scandale, mais dont les rumeurs mal étouffées avaient permis à un charlatan de se faire passer longuement comme le survivant miraculé du drame et donc ajouter cette légende envahissante d’un 6e grand voyageur devant l’éternel. Ce que confirmera pourtant notre Dalaï-lama actuel en lui prêtant une bonne foi – ma foi inespérée -, ce qui n’est pas sans créer un malaise évident au c½ur même du système des réincarnations bouddhistes puisque c’est oublier bien vite le 7e avatar du même personnage, bien évidemment vivant à partir de la mort officielle de notre homme, ou supposer en soupirant trop fort qu’il n’est pas hasardeux d’écarteler une âme (même bouddhiste) entre deux têtes.

Tout ça pour dire que ce genre de pèlerinage me plaît, à Lhassa, de maison jaune en maison jaune. Il est beau qu’un Dalaï-lama puisse ressembler parfois aux hommes, qu’il ait leurs faiblesses, leurs limites, cet azur jeté trop bas, ces yeux portés trop hauts. Notre homme écrivait des poèmes chantés. Simples et vrais. Beaux et tristes. On les écoute encore les soirs de fête, de peine ou d’alcool : Ce matin, ma belle est partie dans la neige. La tempête a effacé ses pas. Depuis, je la cherche en vain et mes pas dans la neige sont des chemins vers elle. À Lhassa, il me plaît de marcher derrière le c½ur d’un homme. De voir ses fautes, de sentir son errance, et lorsque apparaît un mur jaune entre les murs blancs, je crois ressentir un peu de sa joie. Quelqu’un attendait là. Il y a peu de bonheur plus grand. Etre attendu. Etre souhaité. Même être aimé peut-être. Le blanc de Lhassa ne me dit rien qui vaille. Il est vierge toujours, sans passion ni désir. Le jaune est un soleil. Une tache aussi. Parfois, l’impureté et un attrait…

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