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« Explorateurs avec un grand «E» »

Sir Ernest Shackleton

5 May, 2011 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Irlandais né le 15 février 1874, Ernest Henry Shackleton quitte l’école à 16 ans pour devenir apprenti marin sur un voilier. En 1898, il devient capitaine au long cours et peut désormais commander un navire britannique partout dans le monde.

Il s’engage en 1901 dans l’expédition Discovery, dirigée par Robert Falcon Scott. L’objectif est géographique et scientifique. Le bateau est rapidement emprisonné par les glaces au détroit de McMurdo et des explorations sont lancées. Shackleton part avec Scott et Edward Wilson à la recherche du pôle Sud en traineau à chiens le 02 novembre 1902. Les conditions qu’ils rencontrent sont bien plus difficiles que celles qu’ils avaient imaginées et leur inexpérience du traineau conduit à la mort de leurs chiens. Les hommes halent alors les traineaux, tirant une partie de leur fardeau et retournant récupérer le reste. Entre l’effort physique surhumain, la sous-alimentation et l’ophtalmie des neiges, ils atteignent 82°16’33’’ de latitude sud : un record. Leurs provisions épuisées, atteints du scorbut, les trois hommes retournent au camp de base le 03 février 1903. Le bateau de secours ne peut pas s’approcher du Discovery, toujours prisonniers des glaces et l’équipe de Scott doit passer un deuxième hivernage en Antarctique. Quand il s’approche enfin, Scott fait embarquer Shackleton contre son gré, gravement atteint du scorbut.

Dans les années qui suivent son retour en Angleterre, Ernest Henry Shackleton décide de monter sa propre expédition. Après avoir rassemblé une quinzaine d’hommes, il embarque sur le Nimrod pour atteindre l’Antarctique le 03 février 1908. Sur place, il s’installe au Cap Royds, sur l’île de Ross, où avec 5 hommes, il réalise l’ascension du volcan Erebus, en activité.

Au printemps, le 26 septembre 1908, une équipe de 3 hommes (David, Mawson et Mackay) se dirige vers le pôle Sud magnétique en tirant leurs traineaux ; ils parcourent quelques 2000km dans des conditions très difficiles. Leur objectif atteint, le retour au Nimrod avant qu’il ne largue les amarres est une course contre la montre ; ils ne devront leur salut qu’au second du navire qui insiste pour continuer les recherches.

De son côté, Shackleton part avec Wild, Adams et Marshall vers le pôle Sud accompagné de 4 poneys. L’automobile qu’ils avaient se révèle inutile sur la banquise. Les équidés résistent mal aux conditions climatiques, aucun ne survivra. Malgré la météo extrême et le rationnement de nourriture, ils finissent par atteindre le plateau antarctique, au c½ur du continent, fin décembre 2008. Quasiment à court de vivres, avançant dans des conditions extrêmes (vents à 145km/h, température de -30°C), souffrant du mal d’altitude et de déshydratation, ils sont contraints de rebrousser chemin à la latitude 88°23’S, à seulement 180km du pôle. Le voyage de retour est un enfer, ils atteignent les dépôts de nourriture constitués à l’aller au bord de l’épuisement. À 53km du navire, Marshall, malade, reste en arrière avec Adams tandis que Shackleton et Wild marchent pendant 30h d’affilée et retrouvent le bateau juste avant son départ. Ils peuvent ensuite retourner chercher les deux autres. Le bateau met ensuite le cap vers la Nouvelle-Zélande où ils sont accueillis en héros. Shackleton a donc établi le record en termes d’approche du pôle Sud.

En juin 1909, l’équipage est de retour en Angleterre, Shackleton est criblé de dettes. Il est anobli et devient Sir Ernest Shackleton.

Malgré les promesses faites à sa femme, il repart à la veille de la première guerre mondiale pour essayer de traverser l’Antarctique. Fin octobre 2014, le bateau L’Endurance atteint la Géorgie du Sud et continue sa route vers la baie de Vahsel mais se trouve pris dans les glaces. Prisonnier, il dérivera neuf mois vers le nord. En octobre 2015, il commence à prendre l’eau, sous l’effet de la pression de la glace. Le camp est alors établi à proximité sur la banquise. En novembre, le bateau est broyé par les glaces : L’Endurance est englouti. Après avoir tenté de rejoindre la terre ferme, ils installent le « camp de la patience » et attendent que la banquise les emmène vers les eaux libres. Les chiens sont abattus pour préserver les vivres. En avril 1916, la banquise se brise et les canots sont mis à la mer. Après 7 jours et 5 nuits de navigation, ils arrivent sur l’ile Éléphant où ils débarquent. Le 24 avril, accompagné de 5 hommes, Shackleton part chercher du secours en Géorgie du Sud (1300km) à bord d’une barque. Pendant 16 jours, ils se battent contre une mer déchaînée mais finissent par accoster… sur la mauvaise côte, les stations baleinières se trouvant de l’autre côté! Ni la barque, ni les hommes ne sont en mesure d’en faire le tour par la mer. Laissant 3 hommes sur place, Shackleton et deux autres partent à pied. Ils se retrouvent face à des montagnes et à des glaciers qui ne figurent pas sur les cartes. Sans équipement adéquat, ils marchent 36h, presque sans s’arrêter pour lancer les secours. Le sauvetage est très difficile, les hommes de l’île Éléphant seront récupérés quasiment morts de faim le 30 août, à la 4° tentative d’accostage. Cette expédition ratée est devenue la plus grande aventure de survie de l’exploration de l’Antarctique.

À son retour en Angleterre, en 1917, c’est encore la guerre. Il participe au front quelques mois, effectue des missions à l’étranger, cherche de nouveaux projets et fait plusieurs crises cardiaques.

Le 24 septembre 1921, une nouvelle expédition part vers l’Antarctique, sous la direction d’Ernest Shackleton. Alors que le navire a jeté l’ancre dans le port de Grytviken, en Géorgie du Sud, Shackleton meurt d’une crise cardiaque le 5 janvier 1922 au matin. D’abord rapatrié, son corps sera enterré en Géorgie du Sud à la demande de sa femme Émily. Il laisse une dette colossale de 40 000£ de l’époque (équivalente à 2,368 millions de dollars)!

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Nikolaï Prjevalski

7 April, 2011 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Au cours de ses nombreux voyages en Mongolie, en Chine et au Tibet, le jeune officier russe Prjevalski a recueilli une impressionnante quantité de renseignements concernant le climat, la faune et la flore de ces régions. Son objectif était de pénétrer dans Lhassa mais il ne put jamais le réaliser!

Issu d’une famille de la noblesse russe, Nikolaï Prjevalski (1839-1888) entre dans l’armée à 16 ans. Devenu officier, il est chargé de donner à l’École militaire des conférences sur les découvertes géographiques des trois derniers siècles. Parallèlement il poursuit des études en géologie, zoologie et botanique. La qualité de son travail attire sur lui l’attention de la Société géographique russe qui, en 1867, le charge d’une première mission en Sibérie orientale. Il en rapporte des descriptions très précises sur le climat, l’histoire et les populations ainsi qu’une collection de plantes et d’oiseaux.

À son retour, il se voit confié sa première grande expédition en Mongolie et en Chine du Nord. Le départ se fait de Pékin vers le désert de Gobi, à travers la Mongolie. À la tête d’une importante caravane escortée de cosaques armés, Prjevalski parvient jusqu’aux les limites tibétaines mais, à cours de ressources financières, il doit faire demi-tour sans chercher à joindre Lhassa. Il termine son parcourt à Ourga, l’actuelle Oulan-Bator. Il relate ses 12000 km en 3 ans dans une publication qui attire sur lui l’attention du monde entier.

Sa deuxième grande expédition débute en 1876 vers le lac du Lob Nor qu’aucun européen n’avait pu retrouver avant lui dans ce désert depuis Marco Polo. Il poursuit vers le Tibet mais doit à nouveau renoncer avant d’atteindre Lhassa. Trois ans plus tard, il repart vers la même cible. À moins de 300 km de la capitale politique et religieuse du pays, il doit rebrousser chemin devant le refus obstiné des autorités tibétaines à lui laisser poursuivre sa route. C’est au cours de cette expédition qu’il redécouvre une race de cheval disparue d’Europe depuis le milieu du siècle à laquelle il donne son nom : le cheval de Prjevalski, aux traits primitifs, jamais domestiqué depuis.

À la veille d’une nouvelle expédition lui permettant d’être le premier européen à entrer dans la cité interdite, il meurt du typhus sur la rive du lac Issyk-Koul en 1888, dans un bourg qui sera rebaptisé Prjevalski par la suite.

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Le lieutenant James Cook

6 January, 2011 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Ou comment le fils d’un employé de ferme devînt un célèbre navigateur reconnu dans toute l’Angleterre.

James Cook est né le 27 octobre 1728 en Angleterre, de parents domestiques de ferme. Grâce à leur employeur, il étudie à l’école primaire, puis travaille pour lui dès sa quatorzième année. À 17 ans, son père l’envoie faire son apprentissage chez un épicier mais il choisit de s’embarquer au bout d’un an comme mousse sur un navire charbonnier. Selon la légende, sa passion serait née en regardant la mer par la fenêtre. Il en profite pour étudier l’algèbre, l’astronomie, la trigonométrie et la navigation.

Une fois sa formation de trois ans achevée, d’étape en étape, il gravit les échelons de la hiérarchie navale et se voit proposer le commandement d’un navire. Il préfère s’engager dans la marine militaire et doit alors recommencer à zéro. Il est rapidement promu et parvient aux plus hauts degrés de la carrière scientifique et navale dans la flotte royale.

La Grande-Bretagne s’engage alors à la future Guerre de Sept Ans qui le conduit à participer au siège de la ville de Québec avant la bataille des Plaines d’Abraham. Il a un talent certain en topographie et cartographie et effectue notamment le relevé de l’embouchure du Saint-Laurent, ce qui permettra à James Wolfe de lancer son attaque décisive. Les années suivantes, il établit les cartes de la côte de Terre-Neuve et publie en 1766, dans une des plus prestigieuses revues scientifiques, un compte-rendu très remarqué d’une éclipse de Soleil qu’il a observée. Son nom finit par s’imposer à la Royal Society de Londres lorsqu’il est question d’aller observer dans l’hémisphère sud un phénomène astronomique attendu : le passage de Vénus devant le soleil. Tahiti, découverte par le navigateur Wallis en juin 1767, apparaît d’emblée comme l’île la plus indiquée pour mener l’étude projetée. La Royal Navy prête bateau et hommes et demande aussi à Cook d’explorer la zone maritime et de résoudre l’irritante question qui partage encore les esprits : savoir s’il y a ou non une grande terre australe, un continent au sein du Pacifique.

James Cook choisit d’affréter l’Endeavour, navire bien moins superbe que la Boudeuse de Bougainville, mais dont les cales peuvent permettre de transporter suffisamment de vivres pour toute la durée de l’expédition. Petit et solide, il ne fonctionne « qu’avec » 94 hommes et dispose de 10 canons à toutes fins utiles. Attentif aux conditions de vie de ses hommes, le capitaine Cook leur fait manger de la choucroute et incorpore du citron dans les plats, convaincu par une recommandation de la Royale. En effet, les maladies de carence (telles que le scorbut qui fait des ravages chez les marins) sont dues à l’absence de vitamine C. On savait qu’une alimentation pauvre cause ces maladies sans avoir encore découvert le rôle de cette vitamine.

Parti de Londres le 31 juillet 1768, James Cook franchit le Cap Horn en janvier 1769 et atteint Tahiti en avril. Il y reste trois mois pleins, le temps de procéder avec l’astronome Charles Green aux observations qui lui ont été demandées. Cela lui a permis d’observer la société tahitienne tandis qu’un naturaliste (Joseph Banks) étudie la faune et la flore. Reprenant la mer en juillet, l’Endeavour atteint la Nouvelle-Zélande en octobre et en fait le tour pour un relevé systématique des côtes. En mars 1770, Cook met le cap au nord et découvre une terre dont il prend possession au nom du roi d’Angleterre et qu’il nomme Nouvelle-Galles. Il s’agit de l’Australie. Il doit naviguer entre la barrière de corail et la terre: il manque d’y perdre son navire, après avoir heurté un récif. Il échoue et répare son bateau puis reprend la mer pour rejoindre des eaux moins inconnues, passant entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Le bateau fait une pause à Batavia mais l’équipage est touché par les maladies qui y règnent, comme la malaria, la dysenterie et des maladies vénériennes. Enfin, il rejoint l’Angleterre le 11 juin 1771, avec la moitié de l’équipage à son bord malgré les précautions du capitaine. La moisson scientifique qu’il rapporte fait de ce voyage une réussite sans commune mesure, tant au niveau géographique, ethnologique, botanique et zoologique.

Son succès lui fait confier d’autres missions par l’Amirauté britannique et la Royal Society. Ces voyages sont essentiels pour les informations nouvelles qu’ils apportent sur le globe terrestre et la configuration.

Sa deuxième expédition établit l’existence du continent antarctique, substitué au mythe d’une terre australe immense et riche. Il prend le commandement de deux navires ressemblant à son précédent et emporte à bord les premiers modèles de chronomètre de marine. Grâce à ces nouveaux instruments, le calcul de la longitude cesse, pour la première fois, de constituer une difficulté insurmontable. Le voyage commence le 13 juillet 1772. Le brouillard sépare les navires en janvier, alors qu’ils dépassaient les 67° de latitude. Ils continuent la navigation, particulièrement éprouvante au milieu des glaces, avant de se retrouver en Nouvelle-Zélande. Durant deux ans, James Cook va tourner autour du continent, tentant chaque été de s’en approcher. Il aura suivi la banquise sur 4500 km, en étant au plus près à 120 km de la côte. Durant les étés de 1773 et 1774, les navires remontent vers les îles du Pacifique pour poursuivre la découverte, se fournir en produits frais et permettre aux équipages de se reposer, les man½uvres sous des latitudes extrêmes étant dures.

Le retour de Cook en Angleterre le 30 juillet 1775 après trois ans de navigation est encore plus magnifique que le précédent. La récolte d’informations emmagasinée permet de concevoir une idée précise du contour des terres émergées. La Royal Society lui donne une nouvelle mission qui améliorera la connaissance des côtes de l’Alaska pour reconnaître le passage qui sépare l’Eurasie et l’Amérique. Le départ est donné en juillet 1776 pour deux navires. Cook passe par les îles Kerguelen, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, rejoint Tahiti où il répare les bateaux avant de poursuivre vers une île inconnue : Hawaii, qui sera leur base pour les recherches. Il atteint l’Alaska en mars et tente de franchir le détroit de Béring en aout, mais c’est trop tard dans la saison : les deux embarcations, bloquées par les glaces, doivent faire demi-tour et rentrer à Hawaii pour un radoub complet.

Les navires ont choisi de mouiller à la Baie Kealakekua. La foule les accueille, sans arme mais avec enthousiasme, les habitants les prenant pour des demi-dieux. Les hommes apportent des présents, les femmes offrent leurs corps aux matelots pour engendrer d’autres demi-dieux… Cook procède en toute quiétude à la réparation de ses navires et à son chargement de vivres. La surcharge de bouches à nourrir et l’approvisionnement sont lourds à supporter sur l’île. James Cook repart vers le nord le 04 février 1779 mais doit faire demi-tour au bout de quelques jours de navigation, une tempête ayant brisé son mât de misaine. Ce nouveau retour n’a pas sa place dans la mythologie hawaiienne. Attiré à terre, le capitaine est tué le 14 février 1779, passant du statut de divinité à celui de victime sacrificielle.

La mission au cours de laquelle James Cool a été tué se poursuivra sans lui et, après un nouvel échec face à la banquise de l’Océan Glacial Arctique, rentrera en Angleterre le 4 octobre 1779.

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La conquête des montagnes himalayennes

2 December, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Au XIXème siècle, après la réussite de l’ascension du Mont-Blanc par Saussure, les montagnes alpines perdent de leur mystère et commencent à devenir des destinations pour les touristes. Les alpinistes européens se tournent alors vers les plus hauts sommets du monde, ceux de la chaine himalayenne.

Pour les bouddhistes, ces sommets de rocs et de glace sont les demeures des dieux, défendues par des dragons et des démons. Les commerçants et pèlerins de la région passent depuis des siècles par les hautes vallées de la chaîne mais la carte de l’ensemble de l’Himalaya reste vierge à de nombreux endroits jusqu’au début du XIXème siècle. À ce moment, les premiers explorateurs commencent à recueillir des données permettant de dresser une cartographie approximative des montagnes.

En 1808, lorsqu’un de ces pionniers évalue l’altitude du Dhaulagiri à 8162m (se trompant de 10m), il est qualifié de fantaisiste par les savants de l’époque qui ne peuvent pas imaginer de telles hauteurs. Cependant, à partir de 1830, les travaux du service topographique des Indes, confié au Britannique George Everest – le nom vous dit sûrement quelque chose – permettent de confirmer que 14 pics de la chaîne ont plus de 8000m d’altitude et 200 plus de 7000m. En 1852 et 1858, les topographes découvrent les plus hauts sommets : l’Everest et le K2.

C’est seulement à la fin du siècle que les hommes entreprennent de gravir ces pics. La conquête des sommets de 6000 à 7000m, presque tous situés à l’ouest de la chaîne himalayenne (entre le Pakistan et le Bhoutan) date des années 1880. La première tentative notable est celle de l’alpiniste britannique William Conway qui effectue en 1892 les premières ascensions importantes du Karakorum. Avec deux compagnons, Bruce et Eckenstein, il gravit le Pionner Peak, culminant à 6890m. L’expédition apporte la révélation des difficultés particulières liées à cette montagne inconnue : à-pics vertigineux, gouffres insondables et, surtout, la raréfaction de l’oxygène en altitude.

Le duc des Abruzzes établit un record d’altitude en 1909, à 7418m, alors qu’il conduit la première expédition scientifique en altitude. En 1913, seuls deux pics importants de plus de 7000m ont été conquis. Entre les deux guerres mondiales, les explorations se multiplient, mais aucun « 8000 » n’est gravi. Après 1945, l’amélioration du matériel et une meilleure utilisation de l’oxygène permettent de franchir une nouvelle étape. En 1950, Maurice Herzog et son équipe atteignent le premier sommet : l’Annapurna (8078m). Le camp de base est établi à 4000m au pied de versant nord, puis 5 autres camps sont placés jusqu’à 7400m. Le 3 juin 1950, Maurice Herzog et Louis Lachenal, sans être encordés, atteignent à 14h le sommet après une marche épuisante dans la neige épaisse. La redescente est très difficile : pieds et mains gelés, ils rejoignent à grand-peine le camp 5 où les attendent deux autres membres de l’équipe. Les hommes arrivent au camp de base le 8 juin dans des souffrances extrêmes. Le retour vers la plaine est encore très pénible.

Le plus haut sommet de la planète devient le but visé par les alpinistes du monde entier. C’est sa résistance à la conquête qui fait de lui un tel objectif. Il aura fallu une bonne dizaine d’expéditions étalées sur 30 ans pour y arriver. C’est une expédition britannique aux moyens colossaux, tenant compte des expériences acquises lors des tentatives précédentes, qui emportera cette « course » au sommet ; au printemps 1953, 10 alpinistes, 28 sherpas et 350 porteurs établissent le camp de base à 5445m, acheminant jusqu’à 10 tonnes d’équipement et de provisions. Les camps relais sont installés jusqu’à 8000m d’altitude. Le 29 mai à 11h30, le néo-zélandais Hillary et le sherpa Tenzing, tous deux membres de cette expédition, atteignent le plus haut point de la montagne à 8840m. Pour remercier les dieux qui ont permis cette violation de l’espace sacré, Tenzing laissera quelques biscuits en offrande dans un trou creusé dans la neige.

Depuis, la liste des premières et des records ne cesse de s’allonger. Babu Chiri Sherpa détenait celui d’avoir passé le plus de temps au sommet sans oxygène (21h30) alors que l’air comprend seulement 30% de l’oxygène disponible au niveau de la mer et que l’organisme n’est plus capable de s’y acclimater. Du garçon de 13 ans à l’alpiniste de 77 ans, tout le monde cherche à établir son record ou juste à atteindre le sommet. Si la montagne légendaire attire toujours d’authentiques sportifs, le sommet voit défiler des « phénomènes » : un Norvégien sans bras, un Irlandais aveugle, un amputé aux jambes en carbone, ou encore un Néerlandais connu pour ses balades dans la neige et la glace en short, sandales et torse nu… qui a dû rebrousser chemin. La course aux records prend de plus en plus l’allure d’un cirque.

En 2007, 3681 personnes – dont 514 dans l’année – avaient connu ce succès et dans la seule journée du 28 mai 2008, 75 grimpeurs de différentes expéditions se sont retrouvés sur le toit du monde. Si on pense également que l’Everest est aussi considéré comme le plus haut dépotoir, avec plus de 50 tonnes de déchets accumulés jusqu’en 1995, et qu’on estime à 120 le nombre de dépouilles restées sur ses flancs sur les 210 victimes (chiffres de 2007), on peut se poser la question du prix à payer pour une telle gloire (ne serait-ce que personnelle).

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Alexandra David-Néel

4 November, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Impossible de résumer sa vie en quelques lignes… cette rubrique sera donc un soupçon plus longue que d’habitude mais c’est bien un minimum pour raconter plus de 100 ans de vie trépidante où les maitre-mots seront voyage et érudition. Louise Eugénie Alexandrine Marie David, née le 24 octobre 1868 dans la région parisienne, est bien plus connue sous son nom de plume Alexandra David-Néel. Cette femme exceptionnelle au parcours hors du commun laisse songeur, tant de détermination, tant de liberté… et une passion démesurée pour le voyage et la théologie.

Ses premiers voyages naissent de l’art de la fugue qu’elle peaufine dès l’âge de deux ans ! En effet, à deux ans, elle part visiter ce qu’il y a derrière le portail de la demeure familiale et est retrouvée pleurant par ses parents affolés peu après. À cinq ans, elle repart pour visiter le bois à proximité de Paris où elle habite mais se fait rattraper par un garde du Bois qui la ramène, vexée et se promettant de récidiver, jusqu’au poste de police où sa disparition avait été signalée. À 15 ans, alors qu’elle lit les penseurs stoïciens et Epictète, elle a plus de succès : sa fugue l’amène en Angleterre où elle restera jusqu’à l’épuisement de son budget. Enfin, à 17 ans, ce qu’elle considère enfin comme un « vrai voyage » l’emmène en train de Bruxelles où elle réside avec ses parents en Suisse. Après avoir traversé à pied le Saint-Gothard toujours habillée de sa robe à frou-frou et bottines, elle visite les lacs italiens sans un sou et se fait récupérer par sa mère.

L’année suivante, en 1886, elle quitte la Belgique sans rien dire à ses parents et rejoint avec sa lourde bicyclette l’Espagne, en passant par la Côte d’Azur, puis remonte vers Bruxelles via le Mont-Saint-Michel entre la Normandie et la Bretagne, soit… un sacré détour! Serait-elle la première à avoir fait le tour de France de cyclisme féminin sans le savoir?!

Elle revient à Paris où, après des études musicales et lyriques, elle s’oriente vers la philosophie bouddhiste, apprend le sanskrit, suit des cours sur le Tibet et passe son temps dans la salle de lecture du musée Guimet dont elle dit ces propos célèbres : elle « s’attarde dans la bibliothèque d’où des appels muets s’échappent des pages que l’on feuillette. Des vocations naissent… La mienne y est née. ». Elle est donc une férue d’études mais se passionne aussi pour des causes, devient une féministe active, fréquente des sociétés secrètes et côtoie le milieu anarchiste. Durant cette période, sous le pseudonyme de Mademoiselle Myrial, elle écrit des pamphlets pour la libération de la femme, interprète des rôles au théâtre, chante à l’opéra d’Athènes, fait une tournée dans le Tonkin, devient journaliste pour La Fronde, écrit un drame lyrique avec son compagnon d’alors Jean Haustont puis met fin à cette carrière qui ne lui plaisait pas.

En 1890-91, grâce à un héritage, elle part pour la première fois en Inde qu’elle parcourt pendant un an et en est fascinée tant par la magie du pays que par les hauts sommets de l’Himalaya. Sur le chemin du retour, elle s’attarde à Tunis où elle épouse un ingénieur des Chemins de Fer : Philippe Néel. Féministe engagée, elle milite pour que les femmes restant au foyer perçoivent un salaire. Elle donne aussi des conférences sur le bouddhisme et l’hindouisme. Mais le rôle de la femme au foyer ne lui convient pas et son mari le comprend bien. Il lui propose un voyage lointain. Après quelques mois en Angleterre pour maitriser la langue, un passage en Belgique pour voir sa mère et de nouveau à Tunis pour saluer son mari, elle part enfin pour l’Inde. Ce voyage, qui devait ne durer « que » 18 mois se prolongera… 14 ans!

Chargée de mission par le Ministère de l’Instruction Publique, elle traverse les Indes en 1910. Elle y développe son style : le voyage érudit. Elle apprend les langues, se documente, traduit des manuscrits, pratique la méditation, rencontre des sages et des lettrés et assiste à des cérémonies qui lui sont interdites en se travestissant. Elle atteint en 1912 le Sikkim où elle visite les monastères et entre en ermitage.

C’est dans l’un de ces monastère qu’elle rencontre le lama Aphur Yongden, alors âgé de 15 ans. Il deviendra son compagnon de voyage le plus fidèle, la personne qui a sûrement le plus compté pour elle et son fils adoptif qui l’accompagnera toute sa vie.

Puis, de villes en monastères, de vallées en déserts, à pied ou à dos de mule, elle suit ses propres itinéraires avec Aphur Yongden. Alexandra méprise le confort, ignore les défaillances, manque de se faire dévorer par des yogis anthropophages et découvre l’art du “Toumo”, qui consiste à supporter les froids polaires en majorant la chaleur de son corps. Au cours de leurs pérégrinations, ils passent par le Japon, la Corée, la Mongolie et la Chine avant de revenir vers l’Himalaya.

Révoltée par l’interdiction qui lui est faite de se rendre dans la capitale du Tibet et après plusieurs tentatives qui se soldent par autant d’expulsions, elle réalise un prodige : au terme d’un parcours de plus de 3 000 km, des mois d’errance à pied, des accidents et des démêlés avec les brigands, des rognures de semelles bouillies comme repas de Noël en 1923, elle devient la première Occidentale à pénétrer dans la cité interdite de Lhassa en 1924. Elle a 56 ans. Pour cela, elle s’est déguisée en mendiante tibétaine mais un excès de propreté la dénonce (elle se rendait tous les jours à la rivière pour se laver). Elle revient vers Gyantzê, troisième ville du Tibet.

Alexandra et son jeune compagnon rentrent en France. Elle se sépare de son mari avec qui elle garde des relations amicales indéfectibles. Elle achète une maison dans les Alpes où elle écrit plusieurs livres (et Yongden également) et fait de longues tournées de conférences. Après 10 ans de cette vie, à 69 ans, elle repart avec son fils vers la Chine, via les grandes capitales européennes et le transsibérien, où ils adoptent de nouveau leur vie d’études et d’errance. La guerre sino-japonaise et toutes les horreurs liées, la mort de son ami et ex-mari, l’absence d’argent, le froid, la famine, etc. la poussent vers l’Inde de nouveau.

À 78 ans, elle revient enfin en France et pose ses malles dans sa demeure des Alpes avec Yongden. Elle y passe son temps à étudier encore et toujours et à écrire. Après une tournée de conférence, elle part à 82 ans, au début de l’hiver, camper sur les bords d’un lac à plus de 2200m d’altitude pour… se reposer! Ce sera sa dernière fugue, ses rhumatismes la faisant souffrir. La mort de son fidèle compagnon, pourtant de 30 ans son cadet la plongera dans la solitude et la nostalgie chronique du Tibet. À 100 ans et demie, elle fait renouveler son passeport! Elle décède peu avant ses 101 ans, le 8 septembre 1969. Ses cendres ont été transportées à Vârânasî en 1973 par sa secrétaire des 10 dernières années. Elle aura laissé derrière elle une longue bibliographie et de nombreux hommages littéraires ou cinématographiques lui ont été rendus.

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Dian Fossey

7 October, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»


Crédit photo: Alan Root

Dian Fossey est née en 1932, en Californie. Très jeune, elle s’intéresse déjà aux animaux et se dirige vers des études de vétérinaire mais les abandonne et obtient un diplôme en « occupational therapy ». Elle travaille pendant plusieurs années dans un hôpital pour enfants dans le Kentucky, jusqu’au jour où elle découvre les travaux du naturaliste allemand George Schaller ; en effet, intéressée par ses études sur les gorilles de montagne, sa carrière va alors prendre un nouveau tournant.

En 1963, Dian Fossey effectue un voyage de six semaines en Afrique et rencontre à cette occasion le docteur Louis Leakey, paléontologue, primatologue, archéologue et anthropologue. Inspirée par ce dernier, elle décide de se lancer à son tour dans l’étude des gorilles. Trois ans plus tard, soutenue par le docteur Leakey et par la National Geographic Society, elle commence réellement ses recherches sur le terrain et part s’installer à Kabara, au Congo. Mais en 1967, suite aux événements politiques et séquestrée par des soldats congolais, elle est contrainte de s’enfuir.

C’est au Rwanda dans la province de Ruhengeri qu’elle établit le camp Karisoke Research Center, dans le Parc National des Volcans. Ses études sur les gorilles de montagne devaient lui permettre de comprendre leur démographie, leur écologie et leur comportement. Pour cela, elle devait être capable de reconnaître chaque individu du groupe étudié et s’approcher étroitement d’eux, ce qu’elle parvint à faire en imitant leurs comportements et vocalisations, gagnant ainsi leur confiance. En 1970, un mâle adulte « Peanuts » établit de lui-même le contact en lui touchant la main. Peu à peu, elle est intégrée par les gorilles qui se comportent avec elle comme si elle était membre du clan. Ainsi, grâce à ses observations assidues, sa détermination et sa patience, Dian Fossey réussit à démontrer que les gorilles ne sont pas des animaux de nature agressive et apporte ainsi de nouveaux éléments sur le comportement de ces grands singes.

C’est la mort de « Digit » (un jeune mâle du groupe qu’elle étudiait et qui semblait être le plus apte à communiquer avec elle) tué par des braconniers qui l’incitera à mener une campagne mondiale contre le braconnage. Devenue célèbre, Dian Fossey fera d’ailleurs la couverture du National Geographic en janvier 1970. Huit ans plus tard, Dian Fossey créée le « Digit Fund », rebaptisé en 1992 « The Dian Fossey Gorilla Fund ».

Après avoir obtenu son doctorat en zoologie en 1976 à l’Université de Cambridge, elle termine l’écriture de son livre « Gorillas in the mist » qui paraîtra en 1983, et qui lui vaudra une renommée mondiale, permettant au grand public de s’intéresser à la cause des gorilles de montagne dont la population ne cesse de décliner. Elle retourne ensuite à Karisoke et continue jusqu’à sa mort à lutter contre le braconnage et à assurer la survie des gorilles. Mais, le 26 décembre 1985, Dian Fossey est assassinée dans son chalet à Karisoke. Les meurtriers n’ont jamais été identifiés à ce jour. Le camp continue de fonctionner avec d’autres scientifiques qui ont pris le relais.

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Deux Papous explorent le monde occidental.

2 September, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E», Général

Les grands explorateurs ont marqué l’histoire de leurs découvertes. Leurs aventures ont souvent été relatées dans de nombreux livres et récits; certains ont donné leur nom à des écoles, des places, des rues, des ponts… Lorsque nous allons au Panama rencontrer le peuple Kuna, avec un ½il prêt à s’émerveiller derrière l’objectif de nos caméras, lorsque, sourire aux lèvres et mains tendues, nous faisons la connaissance des Sherpas et mettons nos pas dans les leurs dans les montagnes himalayennes, lorsque nos hôtes crétois partagent avec nous un verre de Raki… alors, on observe ces personnes, leurs cultures et valeurs, essayant de les comprendre, d’apprendre leur fonctionnement et les fondements de leurs sociétés. Mais… voilà que l’inverse arrive!! En 2003, deux Papous sont allés visiter la France et découvrir la tribu des français… Voici l’exploration inversée!!!

Mundiya Kepanga et Polobi Palia viennent de la tribu des Hulis, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Marc Dozier quant à lui est un jeune photographe français qui assiste à une fête en dans cette lointaine contrée. S’approchant d’un des danseurs Hulis, il lui demande s’ils l’accueilleraient quelque temps chez eux pour faire un reportage. C’est Polobi qui lui ouvre la porte du village, en ce mois de septembre 2002. Marc y retournera de nombreuses fois jusqu’au jour où il décide de rendre la pareille à ses amis : c’est aux Papous de venir chez lui ! Lors d’un premier voyage en 2004, Mundiya et Polobi découvrent un autre monde, définitivement loin de ce qu’ils connaissent et de leurs habitudes. Cette expérience s’est répétée… donnant lieu à un documentaire et à un livre où les papous livrent leurs réflexions sur nos sociétés occidentales. Nous vous contons ici quelques anecdotes tirées du livre « La Tribu des Français vue par les Papous ».

En visitant La Défense, le quartier des affaires de Paris, Mundiya et Polobi s’étonnaient devant tout ce qu’on peut faire construire : « La tribu des villes est vraiment la plus étonnante de toutes les tribus de France. (…). Leurs maisons sont tellement hautes qu’elles pourraient contenir un village entier. C’est fou ! ». Mais ce qui étaient peut-être encore plus étrange, ce sont les relations entre les personnes : « Il y a aussi autre chose que je trouve très bizarre, c’est que les familles habitent entassées les unes au-dessus des autres dans de grandes cases mais elles ne se connaissent pas! ». Enfin, en observant les coutumes conjugales et domestiques, ils furent surpris que les couples dorment ensemble, alors que traditionnellement les hommes Hulis vivent entre eux et les femmes de leur côté avec les enfants : « C’est bizarre ici, les hommes dorment toutes les nuits avec leur épouse. On dirait qu’ils n’ont pas peur de mourir à cause de la magie des femmes. Comme s’ils ne savaient pas que trop faire l’amour est dangereux pour la santé! ».

C’est en regardant les hommes se bousculer pour aller au travail qu’ils se sont exclamés « Regarde comme les Blancs marchent vite… Nous, on ne pourrait pas marcher comme ça. Ce rythme nous tuerait! ». Avant d’aller visiter l’Assemblée Nationale, ils allèrent acheter des habits adaptés : un costume avec une cravate, ce qui fait dire à Mudiya « Chez vous, pour avoir l’air d’un chef, il faut mettre une corde autour du cou! ».

Alors qu’ils gravissaient le Mont Blanc en France, Mundiya s’arrête pour reprendre son souffle et lâche « Mais pourquoi diable gravissez-vous les montagnes? Il n’y a rien à manger ici. Il n’y a pas un seul animal, pas de gibier à chasser. Il fait beaucoup trop froid pour réussir à faire pousser des patates douces. Et puis, il n’y a pas de femmes. Alors pourquoi autant de fatigue inutile…? ». Je crains que ce ne soit bien difficile à expliquer, heureusement, il répond seul à sa question en arrivant au sommet, alors que les crêtes s’irisent sous les rayons du soleil couchant : « Maintenant que je suis monté au sommet des montagnes, je crois que je comprends ce que vous recherchez ici. Vous venez pour ressentir les battements de votre c½ur qui se soulève face à la beauté du monde. » Ne serait-ce pas cela voyager? Chercher à ressentir les battements de son c½ur qui se soulève face à la beauté du monde ?!

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Jacques-Yves Cousteau

4 August, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

«Le bonheur pour une abeille ou un dauphin est d’exister. Pour l’homme, c’est de le savoir et de s’en émerveillerer» Voilà  ce que disait le Jacques-Yves Cousteau, célèbre océanographe et scientifique français qui a révolutionné le monde de la plongée sous-marine et de la connaissance du milieu marin.

Vous le connaissez bien sûr, mais saviez-vous qu’il n’est pas né avec son bonnet rouge? Et que celui-ci avait une signification bien particulière ? En effet, il l’a utilisé dans ses documentaires L’Odyssée sous-marine du Commandant Cousteau qui visaient à émerveiller autant qu’à  informer dans le but de faire aimer – et donc respecter – la mer à ceux qui les regardaient. Son bonnet rouge était alors porté par l’équipe Cousteau en référence à celui que portaient les prisonniers du bagne de Toulon, bagnards qui étaient alors fréquemment « volontaires désignés » pour des interventions hasardeuses en scaphandre. Et aujourd’hui, alors que l’explication est peu connue, reste l’image d’un homme à tuque rouge.

Mais pourquoi le titre de « commandant » pour un homme qui sillonnait les fonds marins ? En 1930, Jacques-Yves Cousteau fête ses 20 ans et entre à l’école Navale en France, où il devient canonnier. Mais c’est en 1936 qu’un ami lui fait essayer des lunettes sous-marines, ancêtres du masque de plongée, qui font basculer définitivement sa vocation vers les mers et océans. Les années de la Seconde Guerre Mondiale sont décisives pour le monde de la plongée. C’est à cette période qu’il co-invente le boitier étanche pour caméra et caméraman avec Émile Gagnan. Le scaphandre moderne autonome, désormais libéré du cordon qui alimentait le plongeur en air, fournit de l’oxygène grâce aux bouteilles d’air comprimé portées sur le dos. Il développe également une « soucoupe des fonds sous-marins » et des bathyscaphes qui facilitent l’exploration du fond des océans. L’appareil fait descendre les plongeurs jusqu’à 350m de profondeur!

Il quitte la Marine en 1950, après avoir notamment travaillé dans l’espionnage ou le contre-espionnage. Grâce à l’aide d’un mécène britannique, il achète alors le célèbre navire baptisé Calypso qui devient rapidement le premier laboratoire expérimental de l’océanographie française. Équipé des instruments scientifiques les plus modernes, il peut remplir des missions de topographie, d’acoustiques, de géophysique, d’archéologie sous-marine ou de géologie.

Cinq ans plus tard, le Commandant s’intéresse au cinéma et sillonne la mer Rouge et l’océan Indien où il tournera avec le cinéaste Louis Malle le film le Monde du Silence qui sera primé à Cannes. Le public se passionne dès lors par ses aventures et la popularité de Jacques-Yves Cousteau ne décroitra plus. Il tournera de nombreux films et documentaires.

D’autres projets ont cherché à repousser les limites de la connaissance des grands fonds et notamment celui de la « maison sous la mer » appelé « Précontinent ». L’idée était de faire descendre sous l’eau des hommes dans un cylindre étanche dont la pression serait identique à celle des fonds marins pour faciliter leur sortie en mer. La première expérience dure une semaine et la « bulle » est déposée à 10m de profondeur ; elle sera suivie d’une deuxième expérience puis d’une troisième, à la suite desquelles le projet est abandonné au vu de la santé des océanautes après un mois dans le « monde sans lumière » et pour des raisons de rentabilité.

Il avait deux enfants de son premier mariage (en 1937) et se remarie en 1991 après la mort de sa femme avec la mère de ses deux autres enfants. En 1979, alors qu’il travaillait avec son deuxième fils, son successeur avec qui il coproduisait tous ses films depuis 10 ans, celui-ci se fait décapiter par l’hélice de son hydravion. Jacques-Yves Cousteau en restera profondément affecté toute sa vie. Il demande alors à son fils ainé de collaborer mais leur relation se détériorera à la suite de son second mariage.

Le Commandant Cousteau décède en 1997 à l’âge de 87 ans. Le bateau subit les conséquences des questions d’héritage et reste à quai de nombreuses années. Il est sauvé en 2007 et entre alors en restauration. La fondation équipe Cousteau et The Cousteau Society restent active dans la protection des fonds sous-marins et la perpétuation des valeurs et des actions du Commandant. Et depuis 2009, une île de la Mer de Cortes en Basse-Californie porte son nom en hommage à celui qui avait baptisé cette mer d’ « aquarium du monde ». La Basse-Californie, vous connaissez ? Nous y allons en kayak de mer en octobre…

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David Livingstone

30 June, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Avant Jonathan Livingston le Goéland et sa volonté de vivre libre, pour ses rêves et sa passion, il y a eu David Livingston, avec moins de plumes mais tout autant d’ambition. Aventurier du XIXème siècle, c’est à lui que l’on doit l’exploration et la cartographie de l’intérieur de l’Afrique. Et pourtant, rien ne destinait cet homme né dans une famille pauvre à une telle popularité en Grande-Bretagne.

En 1813, David Livingstone nait à Blantyre, au sud de Glasgow. Sa famille est pauvre et à 10 ans, en suivant les traces de son père, il travaille comme ouvrier dans une usine de coton, douze heures par jour, six jours par semaine, ce qui ne l’empêche pas de prendre des cours du soir.

Curieux et très religieux, il étudie le latin, l’histoire naturelle et la théologie. À 21 ans, il veut devenir médecin et missionnaire : ses économies et une bourse lui permettent de fréquenter la faculté de médecine et de suivre en parallèle une formation de pasteur. En 1840, reçu dans ses deux cursus, il part pour l’Afrique du Sud en tant que missionnaire.
Il épouse peu après la fille de Robert Moffat, qui le suit dans ses voyages malgré sa grossesse et les injonctions de sa famille avant de rentrer en Angleterre avec leur enfant. Elle mourra de la malaria en 1862. Livingstone tente de convertir les peuples autochtones au christianisme tout en les libérant de l’esclavagisme. À partir de 1849, il explore le centre-sud du continent africain, traversant le désert du Kalahari et découvrant le lac Ngami.

Ayant entendu parler d’un immense cours d’eau, il atteint le Zambèze en 1851… pour constater que les négriers portugais avaient avancé bien plus profondément dans les terres que ne le croyaient les Anglais. Horrifié par le sort réservé aux esclaves, David Livingstone développe une idée pour mettre fin à ce commerce. En remontant le fleuve, missionnaires et commerçants pourraient pénétrer au c½ur du continent, échangeant les produits anglais emportés avec eux pour des denrées locales comme la cire, l’ivoire et l’huile de palme. Les chefs indigènes ne seraient plus tentés de vendre des êtres humains pour obtenir ces produits européens. Pour réaliser son objectif, il se met à la recherche d’une route qui permettrait le commerce et le travail des missionnaires. C’est ainsi qu’il accomplit la première traversée de l’Afrique d’ouest en est et découvre des chutes d’eau immenses à la frontière des actuels Zimbabwe et Zambie, appelées Mosi-oa-tunya par le peuple local. Il les baptise en hommage à la reine d’Angleterre, les chutes Victoria.

Lorsque David Livingstone rentre au Royaume-Uni, il est reçu en héros. Il y publie des livres, rencontre la reine et est financé pour remonter le Zambèze dans son intégralité et y établir une mission. Mais il échoue au bout de 6 ans de recherche. Malgré tout, sa popularité n’est pas entamée et il est de nouveau envoyé sur une autre expédition en 1866, toujours par la Royal Geographical Society, pour lever le mystère des sources du Nil. Mais malade et abandonné de ses porteurs, il perd contact avec le monde extérieur et se retire sur les bords du lac Tanganyika. Un an après son départ, alors qu’il se trouve au c½ur de l’Afrique, David Livingstone cesse de donner signe de vie.

Henry Morton Stanley, est engagé par un journal en 1869 pour le retrouver, ce qu’il accomplit le 10 novembre 1871. En le rencontrant, Stanley pose alors la célèbre question reprise dans les livres d’exploration et même dans une bande dessinée de Lucky Luke : « Doctor Livingstone, I presume? » Ils discutent ensuite de ce que Livingstone a raté : le conflit franco-prussien, le canal de Suez, le télégraphe transatlantique… Livingstone l’accompagne quelque temps, à explorer le Nord du lac Tanganyika, mais refuse de le suivre lorsque Stanley retourne en Angleterre malgré sa santé vacillante. Leurs routes se séparent. Il continue à chercher les sources du Nil, très loin de leur emplacement réel. Il meurt près du lac Bangweulu le 1er mai 1873, après être devenu à son insu le porte-parole du mouvement missionnaire, de celui antiesclavagisme et de celui des expansionnistes rêvant d’un empire en Afrique.

Ses deux assistants africains, Chuma et Susi, enterrent le c½ur et les viscères dans la terre d’Afrique qu’il aimait et, persuadés que sa dépouille doit rentrer en Grande-Bretagne, embaument son corps et entreprennent un voyage de cinq mois. Ils le transportent jusqu’à la côte, alors que ça peut leur coûter une accusation de sorcellerie et une condamnation à mort. Sa dépouille regagne ainsi son pays natal où il sera inhumé en grande pompe à l’abbaye de Westminster en 1874.

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Paul-Emile Victor

3 June, 2010 par Julie Betelu
Publié dans Explorateurs avec un grand «E»

Comment un garçon élevé dans l’usine de pipe familiale et qui voulait étudier les Polynésiens est-il devenu un spécialiste des Inuits ?
Paul-Emile Victor, qui s’appelait en réalité Paul Victor avec Eugène comme second prénom, est né à Genève (Suisse), le 28 juin 1907. Il suit les cours de l’Ecole Centrale de Lyon (France) qu’il quitte sans diplôme après son admission au concours d’entrée de l’Ecole Nationale de la Marine Marchande. Après son service militaire dans la Marine Nationale française, il étudie les lettres et les sciences, obtient un brevet de pilote d’avion qui lui servira lorsqu’il s’engage aux Etats-Unis dans l’US Air Force en tant qu’instructeur pendant la seconde guerre mondiale puis est employé dans l’établissement familial de pipes.

En 1934, il rencontre Jean-Baptiste Charcot le célèbre commandant et explorateur polaire français : cette rencontre va bouleverser son destin. Il organise alors sa première expédition polaire, à bord du bateau de ce dernier, le Pourquoi Pas?. Il va passer un an sur la côté est du Groenland, au milieu des Inuits d’Anmassalik, expédition à la suite de laquelle il acquiert en France une aura médiatique. Il faut dire que PEV avait un sens de la communication exceptionnel qui a fait de lui un homme d’influence et populaire. Il repart en 1935 au Groenland qu’il traverse en traineau à chiens d’ouest en est avec deux de ses compagnons de l’expérience précédente et d’un Danois. Arrivé à l’est, il y reste seul pendant 14 mois, au sein d’une famille Inuit dont il apprend la langue et étudie les coutumes. À son retour en France, il rencontre un nouveau grand succès médiatique et scientifique et publie pour le Musée de l’Homme les résultats de son étude sur la culture traditionnelle groenlandaise entièrement organisée autour du phoque.

La seconde guerre mondiale le fait partir en Suède ; à la signature de l’Armistice de 1940, il part au Maroc puis aux Etats-Unis où il crée les escadrilles de recherche et sauvetage des pilotes perdus en milieu polaire. Il obtient à ce titre la double nationalité. Il se marie à sa démobilisation et aura 3 enfants de ce mariage.

C’est en 1947 que Paul-Emile Victor crée les Expéditions Polaires Françaises, grâce à son incroyable charisme et à l’appui des médias et du gouvernement. Pendant les 29 ans qui suivent, 150 expéditions ont lieu : il en dirige personnellement 17 en Terre Adélie et en Antarctique et 14 au pôle nord.
Après l’apogée polaire qu’a été pour lui l’année 1959 et avec son divorce et son remariage (avec une hôtesse de l’air qui habite sur une péniche voisine de la sienne sur les quais de la Seine à Paris et avec qui il aura un fils), il ne redirige plus personnellement d’expédition mais reste très actif dans le domaine des expéditions polaires. Il s’intéresse en parallèle à la Polynésie et se sert de la reconnaissance dont il jouit pour s’engager, notamment quant à la défense de l’environnement. Pour lui, l’écologie doit être une science au service de l’homme. Son engagement est avant tout pratique et se concrétise à travers le « Groupe Paul-Emile Victor pour la défense de l’homme et de son environnement », créé en 1974.

À 69 ans, il prend sa retraite à Bora-Bora sur son Motu (île) vierge avec sa femme. C’est donc dans la Polynésie française qu’il écrit ses mémoires et ses articles. Il y meurt le 7 mars 1995, âgé de 88 ans en laissant derrière lui un grand héritage scientifique.

Rappelons-nous ce qu’il a dit :
« Ce n’est pas ce que nous sommes qui nous empêche de réaliser nos rêves ; c’est ce que nous croyons que nous ne sommes pas. »
« L’aventure est un état d’esprit. Elle se trouve dans le c½ur de l’homme. L’aventure, c’est être capable de refuser son destin, être prêt à partir à tout moment, concevoir encore et toujours de nouveaux projets, ne pas être assis, c’est en un mot vivre sa vie et la construire. »

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