
Sur le plateau tibétain
Crédit photo – G. Lemay et M. Ampleman
Je ne sais pas pour vous, mais quant à moi, je suis légèrement tanné d’entendre parler de la crise économique…
Non pas que je veuille sous-estimer l’ampleur de ce cataclysme générationnel, de cet Apocalypse économique, de cet Armageddon financier … En effet, il est à peu près évident, quand on écoute les nouvelles, que nous allons tous passer à la moulinette de la récession, de la même façon que nous y sommes tous passés après les attentats du 11-Septembre, le SRAS, la guerre en Irak et la grippe aviaire. D’ailleurs, je vous écris d’un bunker enseveli à 3000m de profondeur sous l’Antarctique. C’est à peu près la seule place sécuritaire qu’il reste en ce bas monde…
Certes, j’exagère peut-être un peu. Rester chez soi, ne plus sortir, ne plus parler à personne : voilà des mesures qui devraient suffire à tous nous protéger. Après tout, à quoi peuvent bien servir les autres quand on a l’Internet et la tivi? Certes, il y a des mauvaises langues pour dire que cela ressemble à une vie par procuration. Mais pour beaucoup d’entre nous, c’est en fait cela, la vraie vie, la seule que l’on aura jamais. Alors à quoi bon chercher ailleurs?
La faute à qui, tout ça? La crise? La faute à pas de chance? On n’a pas le choix? On est bien obligé?
C’est vrai qu’il y a bien des raisons de refuser de vivre naïvement l’instant présent. D’abord, l’argent ne pousse pas dans les arbres, alors il faut bien travailler pour le gagner et le placer ensuite dans un compte en banque. Pourquoi? Pour en profiter plus tard ; pour voyager peut-être – à moins, bien sûr, que nous soyons rendus tellement arthritiques quand sera venu le temps d’en profiter que nous n’aurons rien de vraiment plus pertinent à nous offrir qu’un écran plasma géant… Puis il y a une crise financière, une crise boursière, une guerre – you name it! Alors notre argent perd de sa valeur. Ce n’est plus le bon moment de partir en voyage, notre retraite est en péril, alors nous devons redoubler d’ardeur au travail, pour mettre encore plus d’argent de côté, pour les jours meilleurs, quand sera venu le temps d’en profiter, avant qu’il ne soit trop tard…
Bon, vous l’aurez compris, je suis un peu tanné de me faire dire constamment qu’il faudra vivre plus tard et que ce n’est jamais le bon moment de faire autre chose que de penser à l’avenir. On n’a qu’une vie et il faut la vivre sans regret.
C’est Horace, un poète romain du Ier siècle avant notre ère – et non Robin Williams, comme le croient certains qui regardent trop la télé – qui a écrit: « Carpe diem, quam minimum credula postero ». Cueille le jour et sois le moins confiant possible en l’avenir.
Le bon moment, c’est toujours l’instant présent, car c’est le seul que nous avons la garantie de vivre vraiment…
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