La conquête des montagnes himalayennes

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La conquête des montagnes himalayennes

Au XIXème siècle, après la réussite de l’ascension du Mont-Blanc par Saussure, les montagnes alpines perdent de leur mystère et commencent à devenir des destinations pour les touristes. Les alpinistes européens se tournent alors vers les plus hauts sommets du monde, ceux de la chaine himalayenne.

Pour les bouddhistes, ces sommets de rocs et de glace sont les demeures des dieux, défendues par des dragons et des démons. Les commerçants et pèlerins de la région passent depuis des siècles par les hautes vallées de la chaîne mais la carte de l’ensemble de l’Himalaya reste vierge à de nombreux endroits jusqu’au début du XIXème siècle. À ce moment, les premiers explorateurs commencent à recueillir des données permettant de dresser une cartographie approximative des montagnes.

En 1808, lorsqu’un de ces pionniers évalue l’altitude du Dhaulagiri à 8162m (se trompant de 10m), il est qualifié de fantaisiste par les savants de l’époque qui ne peuvent pas imaginer de telles hauteurs. Cependant, à partir de 1830, les travaux du service topographique des Indes, confié au Britannique George Everest – le nom vous dit sûrement quelque chose – permettent de confirmer que 14 pics de la chaîne ont plus de 8000m d’altitude et 200 plus de 7000m. En 1852 et 1858, les topographes découvrent les plus hauts sommets : l’Everest et le K2.

C’est seulement à la fin du siècle que les hommes entreprennent de gravir ces pics. La conquête des sommets de 6000 à 7000m, presque tous situés à l’ouest de la chaîne himalayenne (entre le Pakistan et le Bhoutan) date des années 1880. La première tentative notable est celle de l’alpiniste britannique William Conway qui effectue en 1892 les premières ascensions importantes du Karakorum. Avec deux compagnons, Bruce et Eckenstein, il gravit le Pionner Peak, culminant à 6890m. L’expédition apporte la révélation des difficultés particulières liées à cette montagne inconnue : à-pics vertigineux, gouffres insondables et, surtout, la raréfaction de l’oxygène en altitude.

Le duc des Abruzzes établit un record d’altitude en 1909, à 7418m, alors qu’il conduit la première expédition scientifique en altitude. En 1913, seuls deux pics importants de plus de 7000m ont été conquis. Entre les deux guerres mondiales, les explorations se multiplient, mais aucun « 8000 » n’est gravi. Après 1945, l’amélioration du matériel et une meilleure utilisation de l’oxygène permettent de franchir une nouvelle étape. En 1950, Maurice Herzog et son équipe atteignent le premier sommet : l’Annapurna (8078m). Le camp de base est établi à 4000m au pied de versant nord, puis 5 autres camps sont placés jusqu’à 7400m. Le 3 juin 1950, Maurice Herzog et Louis Lachenal, sans être encordés, atteignent à 14h le sommet après une marche épuisante dans la neige épaisse. La redescente est très difficile : pieds et mains gelés, ils rejoignent à grand-peine le camp 5 où les attendent deux autres membres de l’équipe. Les hommes arrivent au camp de base le 8 juin dans des souffrances extrêmes. Le retour vers la plaine est encore très pénible.

Le plus haut sommet de la planète devient le but visé par les alpinistes du monde entier. C’est sa résistance à la conquête qui fait de lui un tel objectif. Il aura fallu une bonne dizaine d’expéditions étalées sur 30 ans pour y arriver. C’est une expédition britannique aux moyens colossaux, tenant compte des expériences acquises lors des tentatives précédentes, qui emportera cette « course » au sommet ; au printemps 1953, 10 alpinistes, 28 sherpas et 350 porteurs établissent le camp de base à 5445m, acheminant jusqu’à 10 tonnes d’équipement et de provisions. Les camps relais sont installés jusqu’à 8000m d’altitude. Le 29 mai à 11h30, le néo-zélandais Hillary et le sherpa Tenzing, tous deux membres de cette expédition, atteignent le plus haut point de la montagne à 8840m. Pour remercier les dieux qui ont permis cette violation de l’espace sacré, Tenzing laissera quelques biscuits en offrande dans un trou creusé dans la neige.

Depuis, la liste des premières et des records ne cesse de s’allonger. Babu Chiri Sherpa détenait celui d’avoir passé le plus de temps au sommet sans oxygène (21h30) alors que l’air comprend seulement 30% de l’oxygène disponible au niveau de la mer et que l’organisme n’est plus capable de s’y acclimater. Du garçon de 13 ans à l’alpiniste de 77 ans, tout le monde cherche à établir son record ou juste à atteindre le sommet. Si la montagne légendaire attire toujours d’authentiques sportifs, le sommet voit défiler des « phénomènes » : un Norvégien sans bras, un Irlandais aveugle, un amputé aux jambes en carbone, ou encore un Néerlandais connu pour ses balades dans la neige et la glace en short, sandales et torse nu… qui a dû rebrousser chemin. La course aux records prend de plus en plus l’allure d’un cirque.

En 2007, 3681 personnes – dont 514 dans l’année – avaient connu ce succès et dans la seule journée du 28 mai 2008, 75 grimpeurs de différentes expéditions se sont retrouvés sur le toit du monde. Si on pense également que l’Everest est aussi considéré comme le plus haut dépotoir, avec plus de 50 tonnes de déchets accumulés jusqu’en 1995, et qu’on estime à 120 le nombre de dépouilles restées sur ses flancs sur les 210 victimes (chiffres de 2007), on peut se poser la question du prix à payer pour une telle gloire (ne serait-ce que personnelle).

Julie

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Leif Erikson

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