Fa Ngum (Laos, 14e siècle)

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Fa Ngum (Laos, 14e siècle)

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Vestiges khmères au Laos
Crédit photo: Pascal Guillaume

Pour bien comprendre, il faut déjà savoir que l’Asie du sud-est possède également une culture dite classique. Ailleurs, c’est la Grèce antique qu’une Europe admire et copie. Ici, ce sont les khmères. C’est-à-dire cet empire indianisé du Cambodge dont les très riches heures – du moins architecturales – avaient permis la levée miraculeuse d’Angkor Wat, du Bayon, de Wat Phu ou de Phimai. Mais tout ça, c’était quelques siècles plus tôt. Au moment de raconter cette histoire, il périclitait dangereusement.

Le grand peuple thaï achevait alors sa lente migration depuis le Yunnan et entrait subitement dans l’Histoire en surgissant du soupirail plutôt qu’en passant par la porte : ils étaient mercenaires. Si bien que lorsque des mongols sur le retour, moins diligents à caracoler jusqu’à Vienne, s’amuseront à mettre le feu aux jungles pour rigoler un peu, il se fera un grand vide au centre duquel pataugeront aussitôt les plus zélés guerriers venus du soupirail. La Thaïlande se fait alors un nom (sauf qu’elle s’appelle encore Sukhotai et Lanna). Quant à nos khmères à bout de souffle, ils garderont malgré tout un bout de jardin d’où regarder leurs ruines. Ils auront même avec eux, pour défricher les herbes, les derniers mercenaires thaïs. Le plus célèbre de ces aventuriers de la onzième heure s’appelait Fa Ngum. Il devint général de l’armée khmère. On le maria à la fille du roi, déjà pour s’assurer qu’il n’aurait pas aimé faire marche arrière au moment d’augmenter les terres cambodgiennes au détriment de Sukhotai. C’est d’ailleurs vrai qu’il ne recula pas. Le gredin poussa si avantageusement ses conquêtes qu’il pût s’asseoir au bout, pas vraiment mécontent de dire adieu à l’infortuné beau-père, et s’inventer un empire. Le Laos venait de se faire un nom (sauf qu’il s’appelait alors Lan Xang – c’est-à-dire le million d’éléphants. Où il faut voir une valorisation peut-être excessive de sa capacité militaire). Le beau-père, pas rancunier et certainement soucieux d’une alliance à ne pas trop chahuter, offrit au nouveau roi une statue appelée Prabang, de style khmère, dont on peut penser qu’elle rappelait discrètement au gendre infidèle qu’il n’était pas pour rien dans son élévation inattendue.

La statue n’arriva pas pour l’excellente raison que notre homme avait cru bon de se marier une seconde fois, entre temps, dans le but d’amadouer les copains du soupirail qui n’étaient pas s’en s’inquiéter beaucoup de voir sur leurs plates-bandes cet ambitieux et tous ses éléphants. En conséquence de quoi il y eut, dans le royaume naissant, une savoureuse guerre féminine. Le combat des reines. Qui l’a gagné, me direz-vous ? Regardez la physionomie des laotiens actuels, écoutez leurs discours. Ce sont des thaïs. Ce qui est rigolo c’est qu’un siècle plus tard, ceux-ci firent tout de même venir la statue de la discorde, allant jusqu’à changer le nom de la capitale et l’appeler Luang Prabang !

Pascal

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