Comment dit-on chocolatine en français?

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Comment dit-on chocolatine en français?

Où il sera question du fâcheux épisode des chocolatines parisiennes et des dangers méconnus à se parler avec du pain dans la bouche

Je vous avais prévenu que j’étais d’origine française. Le hic c’est qu’il n’y a qu’en France que je ne le suis plus. Vous me direz que mon accent traîne quelque part du côté des Açores, ni vraiment franchouillard ni cousin d’Amérique. C’est vrai. Ce n’est pas une raison pour qu’on me prenne à chaque fois pour un portugais.

J’étais donc à la gare Montparnasse, c’est-à-dire dans ce Paris du coin des éditeurs, un peu snob, au début de septembre. Je devais partir vers Bordeaux (et le pays cathare) à moins d’une heure de là. Je repère alors une boulangerie alléchante et comme il faut une force de caractère que je n’ai jamais eu pour ne pas préférer le pain aux salades, je m’approche. L’homme du comptoir a ce genre dégourdi des parisiens et la complicité agréable du balai à chiotte. Il attend l’éventuel client de pied ferme, l’½il déjà noir de colère contenue pour l’imbécile venu lui demander, par exemple, de quel côté sont les trains de banlieue (je n’invente rien, l’hébété personnage était devant moi), à quoi il répond qu’il n’est pas là pour ça, qu’il y en a qui attendent monsieur (c’est-à-dire moi), qu’il aille se perdre ailleurs que devant ses pains chauds. Vient alors dangereusement mon tour. Je demande une chocolatine. Le bougre me regarde en ahuri, la lippe lourde, et apostrophe en passant une dame en retard. Qu’est-ce qui dit qu’il lui dit. La pauvre accéléra le rythme et ne rata pas son train. J’ai toujours adoré cette habitude de faire comme si je n’étais pas là, comme si je parlais métèque ou zoulou (voire portugais), comme si le nez ne me dépassait pas du comptoir (je mesure 6 pieds 2). Je répète donc chocolatine. Il me répond qu’il n’est pas sourd. Je pointe alors la chose et l’abruti s’exclame que c’est un pain au chocolat. On est bien d’accord. Mais à Bordeaux (d’où vient la famille de ma mère), on dit tout de même chocolatine. Et le butor d’ajouter qu’on n’est pas en province, p’tit gars (6 pieds 2, je vous rappelle). Peut-être bien, non. Mais que son comptoir perche à la gare Montparnasse (n’est-ce pas ?) où vingt trains bien remplis de péquenots de province aboutissent justement tous les jours devant ses petits pains chauds. Et que la farine c’est dans les pains qu’on la dépose et pas dans les oreilles. Et tout ce genre de galanteries. Quant à moi, j’ai mangé un croissant. Au supermarché.

C’est bien la peine de parler la même langue pour si peu se comprendre. De notre côté de l’Atlantique, certains n’en ont pas moins le cerveau enfariné. J’avais écumé les laboratoires avant les grands espaces. J’étudiais à McGill la fascinante hypothèse que l’alcool puisse faire baisser la tension artérielle (et accessoirement rendre acceptable les performances en montagne russe d’une certaine Sainte Flanelle). Dans l’autobus, j’en parlais à un ami. C’est alors qu’un crétin comme je les aime assez, pas même boulanger, grimaça que j’étais un maudit français. Je le remerciai chaleureusement en le traitant de québécois pour lui montrer qu’au niveau de l’insulte c’était un peu dire je t’aime en croyant dire ta gueule. Je l’incitais même à se forcer un peu en lui glissant sur la tronche quelques plaisanteries plus indigestes. S’il y a un plaisir à venir quelquefois du vieux pays des boulangers, c’est qu’on a l’insulte leste et la méchanceté rapide. Question d’habitude (c’est-à-dire de pains avalés de travers). Notre aspirant pugiliste aperçut alors le nom de l’université sur mon cartable et changeant vraisemblablement de registre me glorifia d’un très humoristique criss d’anglais. Dans l’insulte, il avait de l’avenir. Et moi je perdais aux points.

Depuis, la tête me tourne et je suis apatride. Je voyage. J’habite même à Bali. Mais pour éviter tout problème, on se parle en anglais.

Pascal

5 Comments

  • Stéphanie Tétreault

    Je me suis esclaffée de rire en lisant votre anecdote! Je suis Québécoise et j’ai passé 3 mois à Annecy, en France, l’an dernier. Alors que je me trouvais dans une boulangerie avec ma soeur, et que j’avais par le fait même relâché ma diction forcée pour bien me faire comprendre, j’ai fait l’erreur de commander une cholatsssine, au lieu d’un pain au chocolat. Le fait d’avoir prononcé ce mot vraisemblablement inconnu du vocabulaire de mon interlocutrice avec en plus l’affrication (le son tsi) m’a valu une paire de yeux des plus surprises. Heureusement, la boulangère était sympa et a trouvé que notre façon d’appeler les pains au chocolat était… mignonne. Fiou!

    08/10/2007 at 19:48
  • Jean-Pierre

    Tenez, plus épais encore!!!
    Nous étions dans une petite ville de la vraie province, pire, en région parisienne, lorsque la faim nous prend pour quelque chose en farine, et meilleure qu’une chocolatine. Je m’adresse à un passant:
    —« SVP, où est la pâtisserie la plus près?
    —« Vous dites? »
    —« SVP, où est la pâtisserie la plus près?
    —« Vous dites? »
    Et je lui lance: « Ciboire, je ne parle pourtant pas italien!!! »
    Il allume alors, et plutôt que de chercher où il y aurait un beigne ambulant, il comprend que je cherche le fabriquant de beignes, un pâtissier…
    —« Par là, à gauche, tout près.. »
    —« Merci »

    18/11/2007 at 14:50
  • Denise Poirier

    Bravo pour l’anecdote qui m’a bien fait rire! C’est vrai que les français s’enfargent dans les fleurs du tapis mais je les aime bien quand même!

    Et comment c’est Bali?

    09/11/2010 at 18:54
  • Miren Pujo

    Vieille Française, de province, du sud ouest (encore plus bas que Bordeaux), je mets toujours (et surtout à Paris) un point d’honneur à exiger une chocolatine dans les boulangeries! Jamais je ne céderai, jamais je ne demanderai un « pain au chocolat »! Faut pas fléchir sous la pression de la langue (qui se croit) dominante, celle qui se parle au nord de la Garonne !!!
    En plus, ça n’a pas du tout la même saveur. Une chocolatine, c’est tellement meilleur…

    29/05/2011 at 21:07
  • Alice

    Un grand merci pour cet article qui m’aura fait esquisser un sourire plus d’une fois.
    Amatrice de « chocolatine » je suis désespérée de voir, sur Bordeaux, des gens tenter de nous imposer leur « pain au chocolat » sous prétexte de parler le « vrai français ». Où est le vrai ? Où est le faux ? Je pense que chaque coutume est bonne, et que l’on ne doit rien imposer aux autres. Au contraire, lorsque l’on vient dans une région, on s’adapte aux lieux, aux gens… et au vocabulaire régional.
    C’est avec fierté que j’arbore mon nom aux origines landaises et explique sa signification à qui veut bien l’entendre. En revanche, je ne laisserai personne le souiller en n’osant point prononcer ce fameux « Y » qui le clôt ; il se prononce « ouille » ; certes ce n’est peut-être pas très beau, vu de la capitale, mais il en va ainsi.
    Tout comme les coutumes régionales, le jeu des mots et des sonorités est un régal, alors faisons en sorte qu’il perdure.
    Heureuse de voir que je ne suis pas la seule à m’inquiéter du sort de nos mots, j’aurai pour seule conclusion
    Merci.

    06/10/2012 at 14:55

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