Archives de avril, 2007

Kilimandjaro: chronique d’une tragédie annoncée?

12 avril, 2007 par Matthieu Saillant
Publié dans Général, Diaporamas et vidéos

Suite au décès récent d’un Gaspésien sur les pentes du Kilimandjaro, on est pris entre désarroi et rage… Désarroi parce que de tous ces organismes lancés dans cette course effrénée aux levées de fonds sur les pentes du plus haut sommet d’Afrique, Care Canada est sans doute celui qui fait le moins mal les choses et qui ouvre le moins ses flans à la critique (en tout cas sur la question du temps que l’on prend pour atteindre le sommet, ce qui est primordial en montagne). Mais rage aussi puisqu’on le dit et le répète depuis assez longtemps maintenant, cette business des voyages caritatifs en Tanzanie avait tout de la chronique d’une tragédie annoncée…

Il nous paraît irresponsable d’offrir l’ascension du Kilimandjaro dans le cadre d’un voyage de 10 jours, de Montréal à Montréal. Care Canada le proposait en 14 jours mais certains offrent bien cette « aventure » en 10 jours… Et il est manifestement mensonger d’affirmer que cela peut se faire sans risque. La réalité, c’est que 25 000 voyageurs internationaux tentent l’ascension du Kili chaque année, sur lesquels la moitié seulement atteint le sommet et 25 meurent en chemin.

Mal acclimatés, épuisés au point de devoir faire demi-tour, il y a donc 50% des gens qui ne réalisent pas ce rêve pour lequel ils auront dû débourser 7 000$ ou plus… Et puis il y a ceux qui meurent d’embolies cérébrale ou pulmonaire, encadrés par des guides n’ayant pas su reconnaître leurs symptômes et qui les auront convaincus à tort qu’il valait le coup de continuer…1 décès pour mille tentatives d’ascension, c’est un taux 10 fois plus élevé que celui du nombre de décès causés par les accidents de la route au Canada. Autant dire que sur le Kilimandjaro, beaucoup d’agences se conduisent comme des chauffards…

Or, que nous dit la règle communément admise à propos du rythme adéquat à adopter lors d’une ascension? Au-dessus de 3 000 mètres, on ne devrait monter que de 300 à 400 mètres par jour et prendre une journée de repos tous les 1000 mètres. Avec une altitude de 5 895 mètres, le Kilimandjaro requiert en théorie que l’on couvre ses 3 000 derniers mètres en 9 ou 10 jours. Cependant, la base de la montagne ne se trouve pas à 3 000 mètres d’altitude mais seulement à 1 800 mètres. Et puis une fois arrivé au sommet, il faut aussi redescendre, ce qui prend 2 jours.

Alors faire tout cela dans le cadre d’un voyage de 10 jours, c’est de la folie! Car il ne faut pas oublier la fatigue accumulée lors du transport aérien, le décalage horaire, et tous ces facteurs qui font que l’on n’est pas forcément au sommet de sa forme quand on arrive dans un environnement complètement nouveau comme l’Afrique… Et si l’on est raisonnable - c’est-à-dire : si l’on ne met pas sa santé en jeu en voulant atteindre le sommet à tout prix et que l’on sait faire demi-tour quand il le faut -, se lancer dans un voyage de ce type, c’est avant tout se donner toutes les chances de ne pas réussir l’ascension…

Il nous semble que toute personne intéressée à l’idée d’atteindre le sommet d’une montagne, qui plus est dans le cadre d’une levée de fonds pour une ½uvre caritative, et/ou qui est prête à dépenser des sommes d’argent importantes pour réaliser cette ascension, devrait se soucier avant tout de son plaisir, de la réalisation de ses objectifs et, évidemment, de sa sécurité… Et puis que dire de celle des autres, porteurs et guides locaux? Contraints, pour des raisons économiques évidentes, d’accompagner des voyageurs pressés d’arriver au sommet, les membres des équipes locales sont bien souvent les premières victimes de notre rythme de vie effréné que l’on pense, à tort, pouvoir adopter en altitude.

Il s’agit donc de voyager intelligemment. Et cela commence par rechercher l’information pertinente. Ainsi, on n’oublie trop souvent que tout près du Kili, il y a le Mont Meru (4563m). Son ascension, en plus d’offrir les plus belles vues qui soient sur son illustre voisin, constitue la meilleure marche d’acclimatation possible. Monter le Mont Meru, c’est multiplier par deux ses chances d’arriver au sommet de l’Afrique, mais surtout d’y arriver suffisamment en forme pour vraiment apprécier la force de cet instant, et sans mettre sa vie inutilement en danger…

Pour en savoir plus sur notre voyage au Kilimandjaro…>>

Pour en savoir plus sur le mal aigu des montagnes et l’acclimatation en altitude…>>

On en parlait déjà dans notre eCourrier en septembre dernier et aux Francs Tireurs.

Nouveau voyage au Mexique

11 avril, 2007 par Matthieu Saillant
Publié dans Général

Enfin de l’alpinisme (et de l’escalade) pour tous!

Autant dire que nous y avons mûrement réfléchi à celui-là… Peut-on vraiment offrir un vrai voyage d’alpinisme pour tous (enfin… presque tous!), sur une période courte et à un prix abordable? Certes, nous avons notre camp de haute montagne en Bolivie, dans le cadre de notre École de Montagne. Et puis il y a l’Équateur, avec le Fuya Fuya, le Cotopaxí et l’Illiniza… Enfin, il y a le Mera Peak, tout là-bas au Népal… Mais pour beaucoup de voyageurs, tout cela est trop loin, trop long ou trop cher…

En quelques chiffres, ce voyage, c’est 10 jours de Montréal à Montréal, 2 sommets de plus de 4000 mètres, 2 autres de plus de 5 000 mètres, dont le Pico de Orizaba. (5611m), le 3 e plus haut sommet d’Amérique du Nord. À l’assaut de volcans qui avaient le statut de divinités pour les Aztèques, nous arpentons les pentes douces de glaciers qui se prêtent à merveille à l’initiation et à la pratique des techniques de base de l’alpinisme.

Et comme le guide de montagne Karavaniers, Léo, qui a longtemps pensé et caressé de ces v½ux ce voyage original, est également un grimpeur hors pair, il initiera à l’escalade de roche ceux qu’une option supplémentaire de 6 jours saura tenter. Bref, non contents de vous offrir notre premier voyage d’alpinisme réellement pour tous, nous vous offrons également notre premier voyage d’escalade… Que demander de plus?

Voyage Karavaniers
Mexique - Volcans aztèques

Grande nouveauté sur le plateau tibétain

10 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans Général

On vous l’annonçait déjà le mois dernier, histoire d’en faire saliver quelques uns. Cette fois, ça y est ! Le Tibet est certainement la région la plus spectaculaire du monde.

Tout s’y mêle, une foi à déplacer les montagnes, des vestiges ahurissants, une vertigineuse immensité. Et pourtant, il n’avait jamais été possible jusqu’alors de se perdre tout à fait sur le grand plateau tibétain. Nous n’avions aucun trek de longue haleine. On pouvait certes s’attaquer aux grandes cités du centre (Lhassa et Gyantze), voire aux mystères reculés de Kaïlash et Guge. C’était déjà magique.

Sauf que le Tibet se modernise, Lhassa n’est plus autant (et ce n’est pas un reproche) cette fin du monde qu’avait cherché sans succès l’explorateur Sven Hedin. Et Kaïlash, sans attirer encore les foules (peu s’en faut) n’est plus autant cette montagne anonyme. Nous avions d’abord vainement tenté d’ouvrir quelques routes face à l’Himalaya mais une frontière trop présente ne favorisait pas les velléités d’ouvertures du gouvernement chinois. Restait le nord. Et là bingo ! Honnêtement, on n’avait jamais cru pouvoir oser si grand.

On parle de 20 jours de marche (à peu près). De traverser la chaîne ébouriffante des Transhimalayennes (nommée justement par notre ami Hedin) et de rejoindre les grands déserts d’altitude du Chang Tang. Mieux, on parle aussi de longer le plus reculé des grands lacs sacrés du Tibet (celui de Dangra) et de crapahuter à l’ombre de la moins visible des grandes montagnes (les 16 pics de Targo). Ajoutons, pour faire bien, quelques ruines à couper le souffle et une nature encore intacte. Ajoutons aussi en terminant, avant d’en dire presque trop, qu’ils sont sans doute moins de 30 les occidentaux à avoir, de tous les temps, tenté l’aventure. Même Hedin n’avait pas pu.

Faites donc une grande place pour le mois de septembre (on vous raconte tout ça sur le site internet). Et direction le bout du monde!

Pour en savoir plus sur ce voyage… >>

Fragments d’errances…

3 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans Transhumances

Exemples sereins et drolatiques de nos transhumances karavanières. Bref retour sur les tracas indiens de crazy mister dog. Description désabusée d’un yeti au Népal.

Ladakh, Everest
Il se passe régulièrement des choses étonnantes au cours de nos voyages ensemble. Des trucs rigolos, des hasards, des détours qui deviennent aussitôt le plus beau de l’histoire, des rencontres irréelles ou heureuses, des amitiés – voire des amours – qui prennent fleurs au fond des tentes, tout ce genre de choses. Je me rappelle avoir écrit, après un premier voyage au Ladakh en 1999, l’aventure d’un chien calamiteux qu’on avait surnommé, non sans rire, crazy mister dog, et dont la mauvaise habitude d’aller bouffer les pattes des chèvres nous assurait à chaque fois, vu qu’il n’était pas simple d’expliquer aux bergers en colère que l’assourdissant animal nous avait adopté à notre insu et qu’il était dès lors hors de question de rembourser les pattes - pour ne rien dire des chèvres - perdues, d’ajouter quelques heures à nos marches quotidiennes afin de ne plus être à portée de voix des tibétains outrés. Ce qui, d’ailleurs, portait moins à rire. Quelque temps plus tard, je me rappelle aussi n’avoir rien écrit sur un autre circuit (cette fois dans la région de l’Everest), alors qu’un voyageur adorable mais à l’anglais limité m’accompagnait dans le village de Khunde. On trouve là-bas la bosse déguenillée d’un yak antédiluvien qu’on nous présente crânement (c’est le cas de le dire) comme le sommet de tête hautement ogival d’un yeti chimérique. Une vieille gueuse au fort trousseau de clés pointe à chaque fois ce tas de poil en ânonnant yeti, yeti (ce qui va de soi), tandis qu’elle se place avec habilité devant la boîte prévue pour les donations d’usage. Il est commun de laisser là-dedans 5 ou 10 roupies, moins pour la préservation hasardeuse des yeti (ou des yaks) que pour celle de la vieillarde qui s’en met plein les pattes. Mais voilà que notre souriant voyageur dépose 100 roupies. On le regarde tous, ébahis. La mégère se retient d’y mettre déjà les griffes afin d’éviter qu’une autre goûte à la manne inespérée. Puis on ressort. Alors il raconte qu’elle insistait si fort avec son eighty, eighty qu’il a cru bon d’en donner un peu plus. Et que, d’ailleurs, il faisait bien pitié son vieux chapeau de poil…

Je trouvais donc dommage qu’on les oublie si bien, ces fragments épars de nos anciens voyages. Ou qu’on ne reparle plus, ensuite, de ces moments très forts où partent en fumée, pour une raison ou une autre, les itinéraires les mieux préparés et que l’aventure s’emballe. Par exemple, au retour d’un sommet alors qu’une tempête est si forte qu’il sera impossible de retrouver les tentes. De quoi, au bout du compte, favoriser les contacts. Ou d’une épidémie de yaks, à laquelle je ferai allusion plus tard, mais dont les fièvres sont autrement contagieuses qu’on aurait pu imaginer (d’où le nom d’épidémie heureuse pour la nommer). Ou enfin, comme première transhumance (le mois prochain), d’un mort de 28 ans, sur l’île tropicale de Sulawesi, mais pour lequel notre présence offrait carrément un sens à sa vie.

Chronique du riz qui pousse

3 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans BALI-vernes

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Crédit photo - Pascal Guillaume

Où l’on apprend à connaître le franchouillard intempestif d’une certaine chronique des rizières et les trucs nécessaires afin de ne pas trop redouter son savoureux caractère

Je devrais d’abord m’expliquer. Déjà pour ce titre qui n’éclaire pas grand-chose, à moins d’en raconter les petites raisons cachées. Alors, allons-y ! Je m’appelle Pascal. Je traîne autour de Karavaniers depuis les tous débuts, m’évertuant à soutenir avec une mauvaise foi toute française (je vous dois dès maintenant cet aveu qui m’en coûte, car malgré une enfance dans les banlieues pépères de Montréal, j’ai puisé on ne sait où - au grand désespoir de mes parents qui honnissaient la France au point d’en avoir émigré - un assemblage explosif des moins bonnes qualités gauloises, dont bien évidemment une mauvaise foi crasse qui me rend presque fier) qu’il n’y a, au bout du compte, qu’un seul continent véritable sur les cinq qu’on recense pourtant (c’est-à-dire l’Asie) pour la bonne raison que j’y traîne moi-même depuis plus longtemps encore que chez Karavaniers. Ce qui m’oblige d’ailleurs à vous avertir. Il se peut, si le hasard vous pousse vers des routes orientales, que vous ayez - je n’écrirais pas le privilège - du moins le fardeau de me subir comme guide. C’est possible et même probable. Je vous imagine déjà préparer une lettre offensée à Richard (le malheureux fondateur d’une compagnie qui feint encore d’ignorer qu’il n’y a qu’un continent sur terre). N’en faites rien. Il existe divers moyens de m’amadouer, tous plus ou moins licites (j’en ai bien peur). Par exemple le don généreux d’une quantité déraisonnable de sirop d’érable ou l’oubli devant ma tente, un matin de frimas, d’un bouquin obscur vainement introuvable (je vous envoie d’ailleurs la liste si vous insistez). Certains crieront à la corruption. N’en faites toujours rien. Si vous saviez les jeux de mains sous les tables asiatiques, c’est à en avoir les doigts dégoulinants de sirop d’érable. Tandis que vous, grâce au français atrabilaire qui s’en sauce les pattes, vous n’êtes déjà plus surpris de rien. Voilà bien un préjugé de moins, il me semble. Ou de plus, voilà que j’ai un doute…

Ce qui nous donne le sens premier de cette chronique. Irrévérencieuse, caustique quelquefois. Des balivernes quoi ! Rien n’est moins sérieux qu’un voyage. Mais ne comptez pas avec moi pour élever tout à fait la voix (ce qui ne se fait pas, d’ailleurs, de ce côté du monde). Autant vous choquer vous, parce que je crois savoir que vous aimez rire, que de les choquer eux ! Autant dire sans ambages, avant d’aller plus loin, qu’on aime assez l’islam lorsqu’on la connaît et que la chaleur de l’hospitalité avec laquelle on nous rabat les oreilles dans nos campagnes québécoises, c’est là-bas que je l’ai mieux vécu. Et tout ce genre de chose. Mais les petits travers, le drôle d’un indien qui me demande pourquoi toutes les filles des films couchent nécessairement avec l’acteur principal mais que les occidentales en vacances n’en font jamais rien avec lui, ou celui-là qui s’étonne qu’on paye si cher l’avion pour finir tout sale au fond d’une tente, de cela on se tape les cuisses à s’en parler ensemble.

Et puis, autant vous dire aussi que j’habite là-bas. A Bali donc. Que depuis la table d’où j’écris, je vois par la fenêtre (à ce moment même) le riz qu’on repique. Je vois l’ami Jabud qui me fait signe, le dos à l’équerre, et qui voudrait bien que je le rejoigne au lieu d’inventer cette activité d’écrivailleur à laquelle il ne croit pas du tout. C’est à lui qu’on doit notre maison, l’intérieur du toit en joli bois sombre, notre lit à l’ancienne, les portes et les fenêtres. A ce fermier merveilleux, les pieds dans la boue. Alors comprenez-moi, on a beau avoir reçu en sale héritage le pire sang de la France, on n’a pas droit de tout. De balivernes oui. Mais simplement parce qu’elles seront légères, forcément, sur les épaules de Jabud…

Carte postale - avril 2007

3 avril, 2007 par Matthieu Saillant
Publié dans Carte postale

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Crédit photo - Jean-Philippe Bosset

La grande pyramide de Khéops bien sûr! Sise aux portes du Caire, elle domine le plateau de Gizeh depuis 4 500 ans… Pendant quatre millénaires, elle aura été la plus haute construction humaine sur la planète (147 mètres), dépassée au XIVe siècle seulement par les flèches de la Cathédrale de Cologne (157 mètres). Mais avec ses 5 millions de tonnes, le tombeau du pharaon reste encore 200 000 fois plus pesant que le chef-d’½uvre de l’art gothique allemand…

Voyage Karavaniers
Égypte - Bédouins et Rois

La pérégrination immobile

3 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans Sur le bout de la langue

La chose est courante. On se ballade sur les chemins du monde et voilà qu’on bute sur un nom. On le trouve gravé sur une pierre tombale, en lettres d’or au fronton d’un temple, sur le bout de toutes les langues. On vous dirait Jacques Cartier qu’il n’y aurait rien à ajouter. Justement, c’est tout comme. Ces noms aux consonances abstruses sont des clés. C’est avec eux que s’élabore la compréhension d’une culture, d’une région, d’une histoire. Il nous a donc semblé judicieux, comme prélude aux départs, d’en sortir quelques uns et de les situer en quelques mots. À chaque fois, nous les associerons avec le (ou les) voyage(s) au fond desquels on les retrouve. Il n’est évidemment pas question de pousser l’aventure vers de longues thèses aux ramifications complexes. De cela, nous parlerons mieux en voyage. Quelques paragraphes suffiront. De quoi piquer la curiosité, d’apprendre un peu en quelques lignes, voire dans le meilleur des cas d’en pousser quelques-uns à fouiller davantage.

Voici déjà, en guise d’apéritif et en désordre, certains des vocables rauques sur lesquels nous dirons quelque chose au cours des prochains mois : Lesixième Dalaï-lama (Tibet central), Pierre Maury (Cathare), Arniko (Népal), Henri Mouhot (Laos), Zanabazar (Mongolie), George Hayward (Pakistan), Atisha (Kaïlash), Boris Lissanevitch (Kathmandou), Ngorchen Kunda Zangpo (Mustang), Rimbaud en Afrique (Ethiopie), Alfred Wallace (Sulawesi), Sven Hedin (Tibet), Béatrice de Planissoles (France), Roy Chapman Andrews (Mongolie) ou Pratap Malla (Kathmandou).

Le mois prochain: L’Africain (J.M.G. Le Clézio).

Et si on se faisait du cinéma…?

3 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans BALI-vernes

Octobre 2005

Où l’on compare les vertus des cinémas Guzzo avec l’ambiance d’une salle de banlieue pakistanaise (et ce qu’il advint de la rencontre grivoise de Mohammed avec Cameron Diaz)

Il y a quelques temps, j’étais allé au cinéma Guzzo avec mon frère. Grande salle aux sièges comme ceux des avions, atmosphère feutrée, bruit de pop-corn et d’aspiration de pailles. Rien à dire. C’était aussi froid qu’un matin d’hiver. J’aurai voulu me tourner vers mon frère et lui dire ce que j’en pensais. Mais on ne parle plus dans les cinémas d’ici. On se tait et on regarde. Et pourtant, certains se rappelleront peut-être de « Cinéma Paradiso » avec Philippe Noiret. Vous savez, c’est cette histoire d’un petit cinéma de la campagne italienne et de tout ce que la salle pouvait contenir alors de vie et de drôleries, ce couple qui y faisait l’amour, ces scènes coupées par la censure, ce bruit de foule, cette fumée, cette histoire donc toute autant dans la salle que sur l’écran.

C’est de ça que je m’ennuyais au Guzzo. De Quetta par exemple. C’était au Pakistan du sud, sous Kandahar et la frontière afghane. Le cinéma était à la sortie du village, alors que le grand désert vers l’Iran reprenait très vite le peu qu’il avait laissé aux hommes. Une grande affiche était peinte sur le mur afin d’annoncer la projection, plutôt ratée d’ailleurs, même si la curiosité hautaine des chameaux ne semblait pas s’en offusquer. Il s’agissait du « Masque » de Jim Carrey, vous savez cette histoire saugrenue où un masque vert permettait à l’acteur toute une série de grimaces un peu ridicules. Je suis entré. Étant riche (c’est-à-dire que je dépensais par jour jusqu’à 6 dollars américains), j’ai eu droit aux places d’honneurs. Deux rangées de six sièges souillés, devant un rideau rouge qui me cachait la salle. Ce rideau c’est levé quelques minutes avant la projection, permettant de voir une salle tonitruante où les hommes se parlaient à grands renforts de gestes. Quelques secondes passèrent, puis plus un bruit. Le film commençait ? Pas tout à fait. Mais on m’avait remarqué. Tous les regards soudainement tournés vers l’arrière et moi comme un idiot, sur cette estrade pour riches (où j’étais d’ailleurs le seul), à faire de discrets signes de la main pour tenter de dire à tout ce beau monde que le film, derrière eux à présent, avait bien commencé. Tout à son spectacle (c’est-à-dire qu’il était près de moi), même le préposé aux lumières oublia de les tamiser. Quant au film, j’ose à peine dire qu’il se projetait le plus merveilleusement du monde, à moitié sur l’écran, à moitié sur le plafond. Dans ce tohu-bohu, aucune chance d’entendre le son. Chacun donnait son avis sur ce drôle de bougre tout seul sur sa rangée de sièges, et il n’était pas rare d’entendre Amhed, tout en bas à droite, criant à Mohammed, tout là-haut à gauche, lui dire que j’étais cette étrange vedette du cinéma américain – laquelle ? je ne l’ai jamais su -, mais certainement quelqu’un de célèbre puisque j’avais les cheveux longs (sans doute aussi parce que j’avais l’indécence de payer si chère ma place). Les demandes d’autographes n’étaient pas loin. Je regrettais seulement mon stylo à l’hôtel.

Ce qui m’a sauvé c’est Cameron Diaz. Il se trouva qu’elle entra dans la banque (dans le film, je veux dire). Vous vous rappelez peut-être de la scène ? Pour bien montrer qu’elle allait devenir l’amante de l’acteur au masque vert (Jim Carrey donc), la caméra se laisse aller à monter doucement sur elle depuis ses chaussures blanches jusqu’à ses cheveux blonds. La salle est devenue comme folle. Chacun s’est levé d’un bond, comme si la Diaz avait fait au centre Bell le plus incroyable des buts, et plusieurs se sont enlacés chaleureusement. Il n’était plus question de voir le film (même depuis le plafond). Ahmed ne s’est plus tenu. Une vague a déferlé dans le cinéma, et puis une autre puisque Mohammed n’était pas du genre à s’en laisser imposer. Il y eût même un garçon pour venir m’embrasser, tellement était grande l’émotion du moment. Le temps de s’en remettre, le temps de se rasseoir, et les lumières qu’on venait tout juste d’éteindre, se rallumaient encore. C’était l’entracte ! Cohue vers la sortie et grande consommation de collations de toute sorte. Le film a repris dans une salle encore vide. Faudrait-il ajouter que le projectionniste, histoire de varier les plaisirs, avait cette fois posé son film à moitié sur l’écran, à moitié sur les sièges. Tout à leur collation, les spectateurs qui revenaient ne s’en formalisaient pas trop. Comme les vêtements étaient blancs, on y voyait assez bien. Mais lorsque Diaz est revenue (qu’avait-elle mangé pendant la pause ?), il fallu se rendre à l’évidence. Son allure en prenait un coup à se dévoiler sur le dos des hommes. Cris indignés, colère qui gronde, le projectionniste coupa le film pour se venger un peu. Puis avec ce mauvais caractère si particulier aux projectionnistes de Quetta, il remit celui-ci parfaitement au centre de l’écran.

Étrangement, ça m’a déçu.

Voyage Karavaniers
Pakistan - K2 et les tours Trango

Histoire de balcons!

3 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans BALI-vernes

Juin 2005

Où l’on se bidonne d’une abracadabrante histoire de balcons tandis que Kathmandou ressemble à Verdun

A Kathmandou, je connais quelqu’un de bien. Il tient un petit hôtel à Chetrapati, pas très loin du Everest steak house, où je descends lorsque je ne travaille pas. Les chambres sont coquettes sans être luxueuses. Nous y étions ce printemps, ma fiancée et moi. Je préparais le circuit sur la vallée de Kathmandou. En mars, les touristes étaient encore rares. L’air était frais et bon. Ce bon monsieur est indien. Je veux dire qu’il vient du sud, de cette plaine du Terai qui ressemble à s’y méprendre à la longue plaine du Gange de l’Uttar Pradesh ou du Bihar. Il porte fièrement sa moustache comme tous les indiens du monde. Il est un peu bavard. A l’entendre, je crois parfois être encore à Montréal, sur un balcon, une bière un peu chaude à la main, à écouter les balcons d’à côté : « C’est scandaleux, disaient-ils, le gouvernement nous vole. Et puis les hôpitaux, une horreur, une véritable horreur… tenez, ma cousine voulait se faire enlever un furoncle sur la fesse… et oui ça se fait… et bien ils l’ont fait attendre une heure complète, mon bon monsieur, une grosse heure de 60 minutes… Ça se fait ça aussi… ? » Et cætera, et cætera. C’est pourquoi sur les balcons les bières sont toujours un peu chaudes.

A Kathmandou, c’est plutôt le thé qui refroidit. Rama me raconte à quel point le gouvernement le vole. : « Ah… la corruption », dit-il en soupirant très fort. Il ajoute la litanie des hôpitaux : « Car voilà, ma femme était malade et le docteur ne lui a rien donné. Il a dit que ça allait passer. Ne rien donner du tout ! Vous vous rendez compte… ». Ce qui le fascine le plus, mon bon ami, comme tous les indiens du monde, c’est la sexualité. Je vous surprends un peu, non ? Dans les pages du petit catéchisme Karavaniers, un tel mot ! Pourquoi pas ? Donc la sexualité. Et surtout celle des autres. Avant, Rama me faisait des clins d’½il aussitôt qu’une fille me parlait. Il était sûr que j’étais le plus chaud lapin du monde (le plus triste c’est qu’il avait complètement tord). Mais plus maintenant. Il n’oserait pas. Je suis presque marié. Je suis presque décent et presque ennuyant. Non, c’est à ma fiancée qu’il parle. Il lui demande des questions aberrantes dont les réponses paraissent l’occuper des jours durant. Par exemple : Fait-elle l’amour avec la lumière (la réponse est oui pour votre information. Voyez, je ne vous cache rien) ? M’embrasse-t-elle seulement sur la bouche (à bien y penser, je vais vous cacher certains trucs) ? A-t-elle des sous-vêtements comme ceux du Népal, c’est-à-dire jaune serin ou bleu piscine et que refuseraient les plus « colorées » de nos grands-mères ? Tout ça. Rama voudrait que je ne sache pas qu’il a parlé à ma copine. Si je lui dis, il devient rouge, dit que « non, non, ce n’est pas lui », qu’il a à faire de toute façon, des budgets (lui!), du ménage (re-lui!). Ce que j’aime des indiens, c’est qu’ils sont comme de grands enfants. Ils se cachent la tête dans le sable et attendent que ça passe. Ce qui me fait dire aussi que la grande leçon de tout cela (s’il y en a une), c’est que pour boire mon thé chaud, il faut que ma fiancée parle d’amour avec Rama.

Sur les balcons, peut-être qu’il suffit que votre femme discute de la couleur de ses caleçons avec le voisin pour boire enfin une bière froide ? Peut-être. Si vous pouviez essayer pour moi, cet été, ça me plairait bien…

Voyage Karavaniers
Népal - Vallée de Katmandou

Voyage sur le bout de la langue - Avril 2007

3 avril, 2007 par Pascal Guillaume
Publié dans Sur le bout de la langue

Voyager n’est pas toujours qu’une affaire de distance. C’est davantage une tournure de l’esprit. Depuis quelques mois, nous avons ajouté sur le site internet (pour chacune des destinations) la série commentée des livres qui pouvaient être utiles en prévision (ou au retour) d’un voyage. Ceux-ci parlaient d’histoire, de culture, d’itinéraires.

Il existe pourtant une autre forme aussi joliment voyageuse : Le roman. Sans préciser aussi bien les us et les coutumes, sans toujours s’attarder à élaborer longuement le pourquoi et le comment d’un rite ou d’une religion, la littérature permet une visualisation rapprochée du monde, intimiste dans la mesure où elle cherche mieux à cerner une impression qu’une idée. On pourra, avec elle, partir tout à fait vers des Afriques qu’il aurait fallu parcourir en long et en large pour les comprendre aussi bien, vers les sources asiatiques du savoir et du néant, vers des châteaux en Espagne et des Pérou légendaires. On parle alors d’ambiance, d’impressions, de vie. De ce qu’on devine entre les lignes des grands ouvrages d’anthropologie ou d’histoire. Mais qui est indicible, sinon quelquefois lorsqu’un auteur a su rêver si fort qu’il y parvient pourtant.

C’est de ces livres qu’il sera question ici. Avec des auteurs, seuls maîtres à bord, dont les noms sont des îles : Le Clézio, Ruffin, Kessel, Maalouf, Orsenna, Kipling, Bouvier (bien sûr !) , Maillart, Zweig, Haasse, Hesse, Han Suyin ou Saint-Exupéry.

P.G.

Le mois prochain: L’Africain (J.M.G. Le Clézio).

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